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La marimba en Afrique précoloniale : histoire, origines et usages

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La marimba désigne un ensemble de traditions instrumentales attestées en Afrique subsaharienne avant la généralisation de la domination coloniale européenne. Les sources écrites et iconographiques des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles décrivent notamment des instruments à lames de bois munis de résonateurs en calebasse. Toutefois, le mot marimba et ses variantes furent également appliqués à des lamellophones dont les languettes métalliques étaient pincées avec les pouces.

La documentation ancienne ne permet donc pas de définir la marimba comme un modèle unique. Elle révèle plutôt une famille d’instruments et d’appellations apparentées, attestée de l’espace Kongo–Angola jusqu’au Mozambique et aux anciens territoires du Monomotapa. Ces traditions musicales furent également transportées vers le Brésil et d’autres régions des Amériques par les populations africaines déportées dans le cadre de la traite atlantique.

Les sources anciennes et leurs limites

La connaissance des instruments africains antérieurs au XIXe siècle repose principalement sur les récits de voyageurs, les ouvrages missionnaires, les manuscrits illustrés et les gravures européennes. Parmi les auteurs les plus importants figurent João dos Santos, Giovanni Antonio Cavazzi et Filippo Bonanni.

Ces documents doivent cependant être employés avec prudence. Leurs auteurs ne possédaient pas les catégories de l’organologie moderne et transcrivaient souvent approximativement les noms africains. Ils pouvaient aussi réunir sous une même appellation des instruments dont la forme et le mode de jeu étaient différents.

Xylophone ou marimba en Afrique précoloniale.

Marimba ou Xylophone africain. Date : 1907. Auteur : Waldo Selden Pratt.

Les instruments anciens fabriqués en bois, en fibres végétales, en calebasse ou avec des membranes fragiles se conservent difficilement. La rareté des vestiges matériels ne signifie donc pas que ces traditions étaient récentes. Elle explique pourquoi les textes et les images occupent une place essentielle dans leur étude.

La marimba en Afrique précoloniale : une appellation variable

Les documents emploient différentes graphies : marimba, ambira, malimba, mbila ou mbira. Ces termes appartiennent à une famille d’appellations répandues dans plusieurs langues africaines, mais ils ne furent pas nécessairement synonymes à toutes les époques.

Les sources anciennes permettent de distinguer au moins deux grandes catégories :

Catégorie
Mode de production du son
Principaux éléments
Xylophone à résonateurs
Lames de bois frappées avec des baguettes
Lames accordées, cadre et calebasses
Lamellophone
Languettes de métal pincées avec les pouces
Lamelles métalliques fixées sur une planche ou une caisse

Le xylophone produit ses notes par la percussion de lames de bois. Chaque lame peut être associée à une calebasse qui amplifie sa vibration. Le lamellophone fonctionne différemment : le musicien fait vibrer avec ses pouces des languettes métalliques fixées à un support.

Cette distinction moderne n’est pas toujours présente dans les écrits anciens. Bonanni, par exemple, appelle marimba aussi bien un xylophone à calebasses qu’un instrument à lamelles de fer.

Un musicien jouant du marimba en Afrique précoloniale.

Un musicien africain jouant d’un instrument à lames avec deux baguettes. L’instrument semble composé de tuyaux de bambou de longueurs différentes, associés à une lamelle métallique. L’image évoque fortement un xylophone à résonateurs, appartenant à la grande famille des balafons et des marimbas. Toutefois, le texte latin parle d’une lamella chalybea , c’est-à-dire d’une lame d’acier. Si cette indication est exacte, l’instrument serait plutôt un métallophone muni de résonateurs en bambou. La gravure ne permet pas de distinguer clairement le bois du métal. Source : Filippo Buonanni, Gabinetto armonico : pieno d'istromenti sonori (Le Cabinet harmonique, rempli d’instruments sonores).

Le témoignage de João dos Santos

L’une des premières descriptions européennes détaillées provient du dominicain portugais João dos Santos. Arrivé au Mozambique en 1586, celui-ci séjourna notamment dans les régions de Sofala et de Tete. Ses observations furent publiées en 1609 dans l’Ethiopia Oriental e varia historia de cousas notaveis do Oriente.

João dos Santos signale dans la région de Kiteve, à l’est de l’actuel Zimbabwe, un instrument appelé ambira. Celui-ci comprenait une série de lames accordées et des calebasses servant de résonateurs. La disposition des lames permettait au musicien de produire plusieurs hauteurs sonores.

Femmes écoutant du marimba en Afrique précoloniale.

Femmes portant des cruches d’eau et écoutant un ensemble de musiciens africains jouant du marimba, du sansa, de la flûte de Pan et de plusieurs percussions dans la région du Zambèze. Source : David et Charles Livingstone, Narrative of an Expedition to the Zambesi and Its Tributaries, Londres, John Murray, 1865. Source du fichier Wikimedia Commmons.

Certaines descriptions mentionnent également une fine membrane placée sur une ouverture pratiquée dans les résonateurs. Cette membrane vibrait lorsque la lame était frappée et produisait un bourdonnement caractéristique. Un tel grésillement n’était pas considéré comme un défaut acoustique : il faisait partie du timbre recherché.

Publié en 1609, le témoignage rapporte des observations effectuées à partir de 1586. Il constitue ainsi l’une des attestations les plus anciennes et les plus précises d’un xylophone à résonateurs dans l’Afrique du Sud-Est.

Les instruments de l’espace Kongo–Angola

Au XVIIe siècle, le missionnaire capucin Giovanni Antonio Cavazzi recueillit de nombreuses informations sur les royaumes du Kongo, du Matamba et du Ndongo ainsi que sur les territoires de l’Angola. Ses manuscrits comportent des représentations de musiciens et d’instruments africains, parmi lesquels figurent des xylophones.

L’une de ces représentations est associée au terme marimbero, qui peut être traduit par « joueur de marimba ». L’instrument possède des lames frappées et semble intervenir dans une pratique musicale collective.

La précision géographique demeure cependant difficile. Cavazzi décrit un territoire très étendu et plusieurs populations distinctes. La présence d’un instrument dans son œuvre ne permet donc pas de l’attribuer automatiquement au seul royaume du Kongo.

Les écrits de Cavazzi furent remaniés avant d’être publiés en 1687 sous le titre Istorica descrizione de’ tre regni Congo, Matamba ed Angola. Fortunato Alamandini participa à cette préparation éditoriale. Cette version imprimée devint ensuite une source importante pour les compilateurs européens du XVIIIe siècle.

Procession avec une marimba en Afrique précoloniale.

Un musicien joue du marimba. Antonio Cavazzi (né en 1621) était un prêtre italien qui, de 1654 à 1667, rejoignit la mission capucine dans ce qui est aujourd'hui le nord de l'Angola. Après un séjour en Europe, il retourna au royaume du Kongo, où il demeura de 1672 à 1677. Crédit à Giovanni Cavazzi da Montecuccolo, CC BY 4.0. 

Congolais et marimba en Afrique précoloniale.

La partie centrale inférieure représente un xylophone à résonateurs appelé marimba. Gravure reproduite dans William Graham Lister Randles, L’ancien royaume du Congo des origines à la fin du XIXe siècle, Éditions de l’EHESS. Source : OpenEdition Books, CC BY 4.0 pour la reproduction numérique. 

La marimba en Afrique précoloniale selon Filippo Bonanni

Filippo Bonanni consacre le chapitre CXXI de son Gabinetto armonico, publié à Rome en 1722, à l’Istromento detto Marimba, « Instrument appelé marimba ». Il commence son développement par cette affirmation :

« Parmi tous les instruments employés en Afrique par les peuples du Congo et par d’autres, puis transmis au royaume du Brésil, en Amérique, le plus mélodieux est celui que l’on appelle marimba. »

Le texte italien original porte :

« Trà tutti però gl’Istromenti usati nell’Affrica dalli Barbari del Congo, ed altri, ed indi tramandati al Regno del Brasile in America, il più soave è quello chiamato Marimba. »

Bonanni attribue sa description au père Fortunato Alamandini, mais l’ouvrage auquel il se réfère dérive principalement des observations et des écrits de Cavazzi. Il décrit la construction de l’instrument en ces termes :

« La marimba est composée de quatorze ou quinze petites calebasses disposées de manière harmonique et solidement attachées entre deux traverses. Leur ouverture est tournée vers le bas et elles sont fermées au moyen d’une fine écorce. »

Il ajoute qu’une petite lame de bois est placée au-dessus de chaque calebasse :

« Frappée par les doigts du musicien tandis qu’elle monte et descend, elle produit une harmonie qui n’est pas désagréable. Certains, au lieu de les frapper avec les doigts, les frappent avec de petites baguettes. »

Cette description correspond à un xylophone portatif muni de résonateurs individuels. Bonanni mentionne un jeu avec les doigts, mais la percussion avec de petites baguettes correspond davantage à la technique représentée dans la gravure accompagnant le chapitre.

Instrument appelé marimba en Afrique précoloniale.

Instrument appelé marimba. Source : Filippo Buonanni, Gabinetto armonico : pieno d'istromenti sonori (Le Cabinet harmonique, rempli d’instruments sonores). 

Construction et fonctionnement du xylophone à calebasses

La marimba décrite par Bonanni repose sur l’association de trois éléments : les lames sonores, les résonateurs et le bâti. Les lames de bois produisent les notes lorsqu’elles sont frappées. Les calebasses placées au-dessous amplifient les vibrations, tandis que les traverses maintiennent l’ensemble dans l’ordre des hauteurs.

La hauteur d’une lame dépend notamment de sa longueur, de son épaisseur, de sa densité et de la manière dont elle a été taillée. Les lames longues et épaisses produisent généralement des sons plus graves, tandis que les lames courtes donnent des sons plus aigus. Chaque calebasse doit être proportionnée à la note de la lame correspondante.

Bonanni compare leur disposition à celle des tuyaux d’un orgue :

« L’instrument comporte de nombreuses petites calebasses disposées comme les tuyaux de l’orgue ; car, de même que celui-ci se compose en Europe d’un nombre plus ou moins grand de tuyaux, la marimba du Brésil comporte plus ou moins de calebasses. »

La comparaison concerne l’organisation graduée des résonateurs et non le fonctionnement acoustique. Contrairement à l’orgue, les calebasses ne sont pas soufflées : elles amplifient les vibrations des lames placées au-dessus d’elles.

L’instrument pouvait être suspendu au cou du musicien. Cette disposition autorisait son emploi pendant les déplacements, les cortèges et certaines danses. D’autres xylophones africains étaient posés au sol ou montés sur un cadre fixe.

La « Marimba des Cafres » : un lamellophone

Le chapitre CXLIV du Gabinetto armonico porte le titre Marimba de’ Cafri, « Marimba des Cafres ». Le mot employé par Bonanni appartient au vocabulaire géographique et racial européen de son époque ; il est aujourd’hui considéré comme offensant et ne doit être conservé que dans le titre historique de la source.

Bonanni situe cet instrument dans la « Cafrerie », qu’il présente comme une partie du royaume de Monomotapa située vers le quinzième degré de latitude sud. Cette indication renvoie approximativement à l’Afrique australe et sud-orientale, notamment aux régions correspondant aujourd’hui au Mozambique et au Zimbabwe.

Il annonce :

« Nous rapportons trois instruments employés par ceux de la Cafrerie, qui fait partie du royaume de Monomotapa, sous le quinzième degré du pôle antarctique. »

Le premier de ces instruments est appelé marimba, mais sa construction diffère radicalement de celle du chapitre CXXI. Bonanni décrit une petite caisse en bois, haute de trois doigts et longue d’environ un palme et demi. Elle possède une ouverture centrale en forme de rosace. À l’une de ses extrémités se trouve un chevalet sur lequel sont fixées sept ou neuf lames de fer.

Les extrémités de ces lames s’élargissent pour former des languettes :

« En pressant celles-ci avec les pouces des deux mains, leur vibration produit un son agréable. »

Cet instrument ne peut pas être classé parmi les xylophones. Il s’agit d’un lamellophone comparable à la mbira, au sanza ou à certains types de likembe. Le passage démontre que Bonanni employait le nom marimba dans un sens plus large que celui qui prévaut actuellement.

marimba en Afrique précoloniale.

Malgré l’appellation marimba, Bonanni ne décrit pas ici un xylophone à lames de bois frappées avec des baguettes. Il décrit manifestement un lamellophone à lames de fer, ancêtre ou forme ancienne de la mbira, du sanza ou « piano à pouces ». Le terme Cafri, rendu ici par « Cafres », appartient au vocabulaire géographique européen de l’époque. Dérivé de l’arabe kāfir, il servait alors à désigner diverses populations non musulmanes d’Afrique australe ou orientale ; il a acquis par la suite une valeur fortement injurieuse, notamment en Afrique du Sud. La localisation renvoie approximativement à l’Afrique australe située vers le quinzième parallèle sud, dans la sphère attribuée par les Européens au Monomotapa. Source : Filippo Buonanni, Gabinetto armonico : pieno d'istromenti sonori (Le Cabinet harmonique, rempli d’instruments sonores). 

La marimba en Afrique précoloniale : fonctions musicales et sociales


Les sources associent les instruments à lames aux danses, aux réjouissances collectives et aux fêtes. Leur sonorité pouvait fournir une base rythmique aux chanteurs et aux danseurs tout en produisant des formules mélodiques répétées.

Les xylophones à nombreuses lames permettaient d’associer plusieurs parties musicales. Un instrument pouvait être joué par un seul musicien tenant deux baguettes, mais certains modèles plus grands pouvaient accueillir plusieurs exécutants, chacun intervenant dans une section du clavier.

Africain avec marimbas en Afrique précoloniale.

Un joueur de xylophone portatif, suspendu à son cou et frappé avec deux baguettes ; des résonateurs sont visibles sous les lames. Ce dernier instrument appartient vraisemblablement à la famille des marimbas ou xylophones africains à résonateurs.

Dans différentes sociétés africaines, les instruments à lames furent employés dans des contextes variés :

  • accompagnement des danses ;
  • divertissements collectifs ;
  • célébrations publiques ;
  • chants de louange ;
  • cérémonies de cour ;
  • fêtes religieuses ;
  • pratiques rituelles et initiatiques.

Il faut toutefois distinguer les usages attestés dans les sources précoloniales de ceux qui furent documentés beaucoup plus tard. Une fonction observée au XIXe ou au XXe siècle ne peut pas être automatiquement projetée plusieurs siècles en arrière.

Bonanni rapporte néanmoins un usage religieux indirect de la Marimba de’ Cafri. Un jésuite ayant séjourné sur la côte africaine aurait entendu l’instrument à Goa, joué par des catéchumènes africains pendant la fête d’un saint. Ce récit montre que des musiciens africains conservaient leurs pratiques instrumentales dans des contextes chrétiens et loin de leur région d’origine.

Circulations dans l’océan Indien

La présence de musiciens africains à Goa s’inscrit dans les circulations qui reliaient l’Afrique orientale, la péninsule Arabique, l’Inde et les établissements portugais de l’océan Indien. Des marins, soldats, domestiques, commerçants, esclaves et convertis africains furent présents dans différents ports asiatiques.

La mention de Bonanni suggère que les instruments ou les techniques musicales pouvaient voyager avec les personnes. Elle ne permet cependant pas d’établir si la marimba entendue à Goa avait été transportée depuis l’Afrique ou fabriquée localement selon un modèle africain.

L’auteur ne donne ni le nom du jésuite cité, ni la date précise de l’observation, ni l’origine des musiciens. Cette information doit donc être considérée comme une indication de circulation culturelle plutôt que comme une description ethnographique complète.

De l’Afrique au Brésil

Le chapitre CXXI constitue l’un des témoignages anciens les plus explicites sur la transmission de la marimba africaine au Brésil. Bonanni ne présente pas l’instrument comme une invention brésilienne : il affirme qu’il fut d’abord employé en Afrique, notamment par les populations du Congo, puis transporté en Amérique.

La gravure associée au chapitre représente, selon sa légende, un Brasiliano Moro. Dans le contexte du livre, cette expression désigne vraisemblablement un Afro-Brésilien ou un homme noir du Brésil. Le musicien porte la marimba suspendue à son cou et frappe ses lames avec deux baguettes.

Cette image confirme plusieurs détails techniques :

  • l’instrument est portatif ;
  • ses résonateurs sont rangés par dimensions ;
  • le musicien utilise une baguette dans chaque main ;
  • les pratiques africaines ont été maintenues ou adaptées au Brésil.

La diffusion de la marimba s’inscrit dans le déplacement forcé de populations africaines à travers l’Atlantique. Les personnes déportées transportèrent avec elles des connaissances relatives au choix des matériaux, à la taille des lames, à l’accord des résonateurs et aux techniques d’exécution.

marimba en Afrique précoloniale et au Guatemala.

Comparaison entre une marimba africaine (a) et une marimba guatémaltèque à résonateurs en calebasse (b). Les deux instruments sont constitués de lames de bois accordées placées au-dessus de calebasses servant de résonateurs.   Source : Frances Densmore, Handbook of the Collection of Musical Instruments in the United States National Museum, Bulletin of the United States National Museum, no 136, planche 11, Washington, 1927.

Toutefois, le texte de Bonanni ne permet pas de reconstituer toutes les étapes de cette transmission. Il ne prouve pas non plus que l’ensemble des marimbas américaines descend d’un seul prototype africain. Plusieurs traditions régionales ont pu se rencontrer et se transformer dans les sociétés coloniales américaines.

marimba en Afrique précoloniale.

Marimba, un xylophone d'Afrique australe et d'Amérique centrale avec des résonateurs sous chaque barre. Source : Archives of Pearson Scott Foresman.

La marimba en Afrique précoloniale.

La marimba, un instrument de musique populaire de la province de Barbacoas. Date : 1853. Artiste : Manuel María Paz (1820–1902).

marimba en Afrique précoloniale et en Colombie.

Enfants jouant du marimba en Colombie. Crédit au National Police of Colombia, CC BY-SA 2.0. 

Le marimba en Afrique précoloniale : incertitudes documentaires

Les sources établissent l’existence des instruments, mais elles ne permettent pas de déterminer précisément leur date d’apparition. Les premières descriptions européennes détaillées ne correspondent pas nécessairement au commencement de la tradition. Lorsque João dos Santos observa l’ambira à la fin du XVIe siècle, l’instrument pouvait déjà posséder une histoire ancienne.

L’interprétation des textes rencontre plusieurs difficultés :

  • les noms sont transcrits selon les habitudes orthographiques européennes ;
  • une même appellation peut désigner plusieurs instruments ;
  • les descriptions sont parfois incomplètes ;
  • les gravures peuvent avoir été réalisées d’après des copies ;
  • les catégories employées par les auteurs ne correspondent pas à celles de l’organologie moderne ;
  • les indications géographiques sont fréquemment très larges.

Le chapitre CXX de Bonanni illustre particulièrement ces difficultés. Son titre annonce un « instrument d’Africains », mais le texte évoque l’île de Baram et des voyages hollandais dans les « pays orientaux ». La gravure montre un personnage représenté comme africain jouant d’un instrument à lames placé au-dessus de gros résonateurs en bambou.

Le texte latin mentionne une lamella chalybea, c’est-à-dire une « lame d’acier ». Si cette indication est exacte, l’instrument serait un métallophone plutôt qu’un xylophone. La contradiction entre le titre, la géographie et la description empêche de l’utiliser comme preuve certaine d’un modèle africain précis.

Cette confusion rappelle que des instruments à lames et à résonateurs existaient aussi en Asie du Sud-Est. Leur ressemblance peut résulter de circulations culturelles, mais également de l’invention indépendante d’un même principe acoustique.

Afrique occidentale, balafon et traditions apparentées

En Afrique occidentale, les xylophones à résonateurs sont principalement connus sous des noms tels que bala, balafon, balangi ou gyil. Leur principe est proche de celui de la marimba : des lames de bois accordées sont suspendues au-dessus de calebasses qui amplifient leur son.

Le voyageur marocain Ibn Battûta mentionne au XIVe siècle des musiciens et des instruments à la cour du souverain du Mali. Certaines études modernes ont interprété l’un des instruments décrits comme un xylophone apparenté au balafon. Le passage ne contient cependant pas une description organologique suffisamment détaillée pour rendre cette identification certaine.

balafon et marimba en Afrique précoloniale.

Un griot du royaume dialonké de Solimana (Sierra Leone) frappe avec deux baguettes les lames d’un balafon portatif. Le titre original, Jellemen of Soolimana, emploie une ancienne transcription du terme jeli ou jali, qui désigne des musiciens professionnels dans différentes sociétés mandingues.  

La comparaison entre balafon et marimba doit donc porter sur leur structure acoustique et non conduire à les confondre. Les appellations, les accordages, les répertoires et les fonctions sociales varient suivant les sociétés.

Ces traditions montrent néanmoins que le principe du xylophone à résonateurs était très largement réparti en Afrique subsaharienne. La documentation disponible est particulièrement précise pour l’Afrique centrale et sud-orientale à partir de la fin du XVIe siècle.

Héritage et importance historique

Les sources permettent d’établir que les xylophones à lames de bois et résonateurs en calebasse existaient dans l’Afrique du Sud-Est au moins à la fin du XVIe siècle. Des instruments comparables sont également documentés dans l’espace Kongo–Angola au XVIIe siècle.


Elles montrent en outre que le nom marimba ne désignait pas exclusivement un xylophone. Le chapitre CXLIV de Bonanni l’applique à un lamellophone comportant sept ou neuf languettes de fer jouées avec les pouces. L’histoire du terme recoupe donc celles de la mbira, de la malimba et d’autres instruments à lames.

La marimba possédait des fonctions musicales, sociales et cérémonielles. Elle accompagnait les danses, les fêtes et les déplacements, tout en circulant avec les musiciens africains dans l’espace atlantique et dans l’océan Indien.

Musicien avec une marimba en Afrique précoloniale.

Le musicien principal de Sepopo, d'après le livre Seven Years in South Africa, volume 2, page 302. Date : 1881. Artiste : Johann Varrone (1832–1910).   Citation : « Les instruments principaux étaient les myrimbas, ou pianos en calebasse, que l'on transportait de la même manière que les tambours doubles. » (p. 169)

Son histoire précoloniale ne peut être réduite à celle de la marimba orchestrale moderne. Elle renvoie à un vaste ensemble de savoir-faire africains portant sur le travail du bois, l’utilisation des calebasses, la métallurgie, l’accord des sons et l’organisation des ensembles musicaux.

Réception et marimba en Afrique précoloniale.

Cette gravure illustre l’arrivée d’Emil Holub auprès du roi Sepopo, souverain du royaume marutse-mabunda, dans la région du Haut-Zambèze. L’orchestre royal occupe une place importante dans la composition : deux musiciens portent devant eux de grandes marimbas suspendues aux épaules par des courroies ; chaque marimba comprend une rangée de lames de bois et des résonateurs en calebasse visibles sous le clavier. Source : Emil Holub, Seven Years in South Africa, vol. II, p. 137. Artiste : Johann Varoni.

Les textes de João dos Santos, Cavazzi et Bonanni ne permettent pas de dater l’origine de ces traditions. Ils démontrent toutefois qu’à la fin du XVIe et au XVIIe siècle, celles-ci étaient déjà suffisamment établies pour être observées, décrites et transportées hors du continent. La marimba en Afrique précoloniale apparaît ainsi comme une tradition ancienne, diverse et mobile, située au croisement de la musique, de la vie sociale et des circulations africaines.


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