La marimba désigne un ensemble de traditions instrumentales attestées en Afrique subsaharienne [...]
Musique

Instrument d’Africains.
Cette illustration représente un musicien figuré comme africain jouant d’un instrument à lames avec deux baguettes.
L’instrument comprend :
Les tuyaux ne sont donc pas soufflés comme ceux d’un orgue. Ils servent vraisemblablement de résonateurs aux lames frappées. La comparaison de Bonanni avec l’orgue concerne seulement leur disposition graduée.
Traduction du titre : « Instrument d’Africains »
Après les instruments dont les enfants se servent pour se divertir, passons à un instrument que les « barbares » de l’île de Baram emploient dans les danses qu’ils célèbrent.
Celles-ci réunissent un grand nombre d’hommes et de femmes répartis en chœurs. Tandis que les uns produisent un grand bruit composé de sons variés, les autres bondissent et tournent en exécutant différents mouvements du corps, poussant des cris qui paraissent davantage propres à des personnes possédées par des esprits qu’à des êtres raisonnables.
Les Relations des voyages accomplis par les Hollandais dans les pays orientaux, où cet instrument est représenté, ne précisent pas son nom. Elles en donnent seulement la description suivante :
« Représentation d’une danse d’hommes et de femmes au son de plusieurs tuyaux de roseau, au-dessus desquels est placée une lamelle d’acier, à la manière d’un orgue ou d’un clavecin. Ils les emploient pour accompagner leur chant, en étendant les bras et les jambes et en contorsionnant tout leur corps à la manière des chiens. »
Il convient de remarquer que les roseaux, disposés à la manière des tuyaux d’un orgue — c’est-à-dire rangés suivant une diminution proportionnelle de leur longueur —, sont d’une grosseur extraordinaire, supérieure à celle des roseaux d’Europe. Plusieurs possèdent en effet un diamètre d’un demi-palme et sont appelés bambous.
Ceux-ci servent à de nombreux usages et, grâce à leur robustesse, peuvent supporter de lourdes charges, de la même manière que les perches employées en Italie pour porter les litières.
CXX. Istromento d’Affricani.
Dagl’Istromenti usati per trastullo dalli Fanciulli passiamo ad uno, che nell’Isola di Baram si adopera da quelli Barbari nelle danze da essi celebrate. Si formano queste da quantità di Uomini, e Donne ripartiti in Chori, e mentre alcuni cagionano strepito di varii suoni, gl’altri saltano, e con varii atteggiamenti della persona si raggirano, formando urli più tosto proprii di gente invasati da’ Spiriti, che di persone ragionevoli. Come si chiami il presente Istromento qui esposto, e si vede espresso nelle Relazioni delli Viaggi, fatti dagl’Olandesi nelli Paesi Orientali non si dice, mà solamente vi è di esso la seguente Descrittione.
Delineatio Tripudii cum Virorum, tum mulierum ad sonitum aliquarum arundinum supra quas lamella chalybea posita est Organi modo, aut Clavicymbali quibus in cantu utuntur, bracchia, & pedes extendendo, totumque corpus contorquendo, more canum.
Nel che è d’avvertirsi, che le Canne disposte in modo d’Organo, cioè degradate con proporzione nella lunghezza, sono di grossezza straordinaria, e superiore a quelle d’Europa, poiché il diametro di molte è di mezzo palmo, e si chiamano Bambù. Servono queste in molti usi, e per la loro robustezza sostengono pesi grandi nella maniera, che in Italia servono le stanghe delle Lettiche.
Comme dans le chapitre LXXVIII, il existe une tension géographique : le titre annonce un « instrument d’Africains », mais Bonanni cite des voyages hollandais dans les « pays orientaux » et situe la scène sur l’île de Baram. La description des gros bambous et de tuyaux classés par longueur paraît elle aussi évoquer l’Asie du Sud-Est.
L’instrument semble composé de tuyaux de bambou de longueurs différentes, associés à une lamelle métallique. Il pourrait s’agir d’un instrument à percussion ou d’un dispositif voisin d’un xylophone ou d’un orgue de bambou, mais le texte ne permet pas de l’identifier avec certitude.
Les expressions comparant les danseurs à des possédés ou à des chiens traduisent les préjugés de Bonanni ou de la relation qu’il reproduit ; elles ne constituent pas une description neutre.
L’image évoque fortement un xylophone à résonateurs, appartenant à la grande famille des balafons et des marimbas. Toutefois, le texte latin parle d’une :
lamella chalybea
c’est-à-dire d’une lame d’acier. Si cette indication est exacte, l’instrument serait plutôt un métallophone muni de résonateurs en bambou. La gravure ne permet pas de distinguer clairement le bois du métal.
Une description rigoureuse serait donc :
Instrument à lames frappées, probablement un xylophone ou un métallophone, dont les lames reposent au-dessus de gros résonateurs en bambou disposés par ordre décroissant.
Le musicien est assis à même le sol, torse découvert, vêtu d’une étoffe nouée autour de la taille. Il tient une baguette dans chaque main, ce qui montre que le son est produit en frappant les lames et non les tuyaux.
La légende est sans ambiguïté :
CXX — Instromento Affricano
« Instrument africain »
Le personnage est lui aussi représenté comme africain. Le texte cite néanmoins une relation hollandaise sur les « pays orientaux » et situe l’usage de l’instrument sur l’île de Baram. Comme pour les deux planches LXXVIII, Bonanni pourrait avoir rapproché une représentation africaine d’un instrument comparable observé dans l’espace indonésien.
Cette hypothèse est d’autant plus plausible que les xylophones et métallophones à résonateurs existaient dans plusieurs régions d’Afrique et d’Asie du Sud-Est. La ressemblance peut résulter de circulations anciennes, mais aussi du développement indépendant d’un même principe acoustique : une lame accordée placée au-dessus d’un résonateur.
Enfin, la planche suivante du livre est intitulée CXXI — Instrumento detto Marimba. La proximité des deux chapitres confirme que Bonanni considérait vraisemblablement l’instrument CXX comme apparenté aux xylophones ou marimbas, même s’il les distinguait dans sa classification.
Source : Gabinetto armonico : pieno d'istromenti sonori (Le Cabinet harmonique, rempli d’instruments sonores).
Auteur : Filippo Buonanni (1638-1725).
Imprimeur : Giorgio Placho.
Date de publication : 1722.
Éditeur : Rome, imprimerie de Giorgio Placho.
Collections : Bibliothèque de l’Université de Séville ; Patron Library Collection.
Langue : italien.
Illustrations : les feuillets de planches sont gravés sur cuivre — dessiné par Stefano Spargioni et gravé par Giovanni Battista Sintes.
Provenance : Collège de la Conception de la Compagnie de Jésus. Écriture latine.
Source du fichier : Internet Archive.
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