Danse Maquina (Kongo–Angola).

Danse Maquina en 1687 (Kongo–Angola)

Danse Maquina en 1687 (Kongo–Angola).

Cette illustration de Cavazzi, publiée en 1687, constitue vraisemblablement le principal modèle des planches de Merolla, Bonanni et, beaucoup plus tard, Ferrario.

Ce que représente la scène

Bárbaro Martínez-Ruiz identifie cette illustration comme une représentation de la Maquina, danse ou spectacle public exécuté devant un roi ou un prince afin de l’honorer. Le personnage central accomplit un geste que Martínez-Ruiz rapproche du Fukama, geste exprimant notamment le respect, la purification ou la résolution des difficultés selon le contexte. Le texte de Cavazzi correspondant se trouve aux pages 162-163 de l’édition de 1687.

La scène n’est donc pas un simple catalogue d’instruments. Contrairement à la planche de Merolla, elle représente une véritable performance collective organisée autour d’un danseur.

Les instruments reconnaissables

Plusieurs instruments repris ultérieurement sont déjà visibles :

Position
Instrument probable
Observation
En bas à gauche
Cassuto
Long idiophone étroit et perforé, frotté ou raclé avec une baguette
En bas à droite
Quilondo
Grand instrument renflé, tenu transversalement contre le corps
En haut à droite
Longa
Double cloche métallique tenue d’une main et frappée extérieurement
Derrière le danseur, à droite
Probablement Ngaba
Petit tambour ou instrument percussif tenu devant le corps
À gauche, debout
Instrument incertain
Objet circulaire ou plat dont la nature exacte n’est pas suffisamment lisible
Au centre
Danseur portant des sonnailles
Plusieurs objets semblent attachés à sa ceinture

Le cassuto, le quilondo et la longa sont particulièrement reconnaissables. Leurs formes générales et leurs modes de préhension réapparaissent presque sans changement dans les publications postérieures.

La filiation iconographique

La chronologie devient désormais cohérente :

Date
Auteur ou publication
Transformation de la scène
1687
Cavazzi, édition préparée par Fortunato Alamandini
Première représentation publiée connue de la danse collective avec cassuto, quilondo et longa
1692
Girolamo Merolla da Sorrento
Les instruments sont isolés, nommés et présentés comme un catalogue organologique
1722
Filippo Bonanni
Le quilondo et le cassuto sont séparés de leur contexte et incorrectement appelés « tambours africains »
1816-1819
Giulio Ferrario et Gallo Gallina
Les instruments sont replacés dans une scène de danse recomposée et colorisée


Cavazzi et Merolla

Merolla reprend les mêmes instruments, mais modifie profondément leur présentation. Chez Cavazzi, ils appartiennent à une performance : les musiciens entourent un danseur central. Chez Merolla, ils sont répartis sur deux registres et accompagnés de leurs noms :

  • Quilondo ;
  • Cassuto ;
  • Ngaba ;
  • Longa ;
  • Epugu ;
  • Marimba ;
  • Nsambi.

Merolla ajoute ainsi la trompe epugu, la marimba et le pluriarc nsambi. Il transforme la scène de danse de Cavazzi en une planche plus proche d’un inventaire.

Une copie directe est très vraisemblable, mais il demeure prudent de parler de dépendance iconographique probable : Merolla et son éditeur pouvaient également avoir accès aux mêmes modèles, aux mêmes descriptions missionnaires ou à une version intermédiaire de l’image.

Cavazzi et Bonanni

La dépendance de Bonanni est encore plus manifeste. Dans le Gabinetto armonico, le personnage jouant du cassuto conserve la position assise et le long instrument perforé placé obliquement devant lui. De même, le joueur de quilondo tient toujours la caisse renflée transversalement sur ses jambes.

Bonanni a donc isolé deux personnages appartenant initialement à la scène collective de Cavazzi. En supprimant leur contexte et leurs noms kongo, il les a reclassés comme :

  • Tamburro Affricano ;
  • Tamburro Affricano diverso.

Cette opération explique son erreur : la catégorie européenne du « tambour » a remplacé les identifications originales.

Cavazzi et l’illustration de Ferrario

La gravure intitulée Africans, publiée vers 1816-1819, revient à une composition étonnamment proche de celle de Cavazzi :

  • danseur central, bras étendus ;
  • musicien assis jouant du cassuto à gauche ;
  • joueur de quilondo à proximité ;
  • double cloche longa tenue à l’arrière-plan ;
  • autres percussionnistes placés sur la droite.

Ferrario et Gallina ont toutefois ajouté une marimba, absente de la scène de Cavazzi mais présente dans la planche de Merolla. Leur illustration paraît donc être une synthèse de plusieurs sources du XVIIe siècle, principalement Cavazzi pour la composition et Merolla pour l’instrumentarium élargi.

Une précision sur la date de l’image

La notice Wikimedia indique 1687 parce qu’il s’agit de l’année de publication de l’Istorica descrizione de’ tre regni Congo, Matamba ed Angola. Cavazzi était cependant mort en 1678 et avait séjourné en Afrique centrale entre les années 1650 et 1670. La scène repose donc nécessairement sur des observations, des manuscrits ou des dessins antérieurs à sa publication.

Il convient néanmoins de distinguer :

  • la date éventuelle de conception du modèle : antérieure à 1678 ;
  • la première publication actuellement établie : 1687 ;
  • la reproduction numérique utilisée ici : photographie réalisée par Bárbaro Martínez-Ruiz en 2004.

Attribution correcte

Bárbaro Martínez-Ruiz n’est pas coauteur de la composition ancienne. Il est l’auteur de la photographie ou de la reproduction moderne mise en ligne. La formulation correcte serait :

D’après Giovanni Antonio Cavazzi da Montecuccolo, scène de danse et de musique publiée dans l’Istorica descrizione de’ tre regni Congo, Matamba ed Angola, Bologne, 1687. Reproduction photographique : Bárbaro Martínez-Ruiz, 2004, CC BY-SA 4.0.

Légende proposée

Danse Maquina accompagnée d’instruments dans l’espace Kongo–Angola, 1687. Un danseur exécutant un geste cérémoniel est entouré de musiciens jouant notamment du cassuto, long idiophone perforé, du quilondo, instrument renflé à friction, et de la longa, double cloche métallique frappée extérieurement. D’après Cavazzi, cette performance était exécutée devant un roi ou un prince afin de l’honorer. Cette illustration constitue vraisemblablement le principal modèle iconographique des représentations publiées ensuite par Merolla en 1692, Bonanni en 1722 et Ferrario au début du XIXe siècle. Giovanni Antonio Cavazzi da Montecuccolo, Istorica descrizione de’ tre regni Congo, Matamba ed Angola, 1687 ; reproduction de Bárbaro Martínez-Ruiz, 2004, CC BY-SA 4.0.

Mots-clés

Danse Maquina ; Kongo ; Angola ; Cassuto ; Quilondo ; Longa ; Ngaba ; Bárbaro Martínez-Ruiz ; Istorica descrizione de’ tre regni Congo, Matamba ed Angola 

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