Réception chez Sepopo.

Réception chez Sepopo

Réception chez Sepopo.

Cette gravure, intitulée « Reception at Sepopo’s » (« Réception chez Sepopo »), illustre l’arrivée d’Emil Holub auprès du roi Sepopo — ou Sipopa —, souverain du royaume marutse-mabunda, dans la région du Haut-Zambèze.

Éléments représentés

Au centre du cortège, Sepopo est représenté vêtu à l’européenne, avec un chapeau orné d’une plume, conformément au récit. Il est entouré de dignitaires et de serviteurs portant des vêtements variés, des parures et des bracelets.

L’orchestre royal occupe une place importante dans la composition :

  • deux musiciens portent devant eux de grandes marimbas suspendues aux épaules par des courroies ;
  • chaque marimba comprend une rangée de lames de bois et des résonateurs en calebasse visibles sous le clavier ;
  • les musiciens tiennent de courtes baguettes ;
  • au premier plan, plusieurs hommes jouent de grands tambours tubulaires, apparemment frappés avec les mains, comme l’indique le texte ;
  • d’autres membres du cortège portent des armes, des bâtons ou des instruments.

La gravure permet ainsi de corriger la formulation anglaise quelque peu imprécise “a keyboard of calabashes”. L’image montre que le clavier est constitué de lames de bois, tandis que les calebasses suspendues sous celles-ci servent de résonateurs.

Un homme tire un coup de fusil à gauche, tandis que des constructions et des activités apparaissent à l’arrière-plan. Il s’agit donc d’une composition illustrée développant la réception royale.

Si la notice de l’image attribue la gravure à Johann Varrone, également nommé Varone ou Varoni (1832-1910), son nom doit être mentionné comme illustrateur, et non comme auteur du récit.

La gravure constitue une scène de synthèse réunissant plusieurs moments successifs du récit, décrits à la fin du chapitre VI, pages 134-135, puis au début du chapitre VII, pages 136-137.

Cela permet d’identifier précisément plusieurs détails de l’image :

  • le coup de fusil tiré à gauche correspond au rumela, la salve destinée à annoncer l’arrivée des voyageurs ;
  • les personnages et les travaux visibles à l’arrière-plan correspondent à l’organisation du nouvel établissement royal, supervisée par Sepopo ;
  • les cris et l’agitation évoquent l’accueil commencé sur la berge ;
  • les marimbas annoncent la préparation de la réception ;
  • le cortège royal, Sepopo et les tambours correspondent au passage suivant des pages 136-137.

Traduction bilingue du passage

Pages 134-135

Texte anglais

“As we approached the royal residence, Blockley proposed that we should announce our arrival by a rumela. The echoes of our shots had hardly died away before some groups of men gathered under the trees, and our salute was answered by another; manifestly the king was amongst the people, superintending the organization of the new settlement. Our boatmen joined in the shouting that was commenced upon the beach, where the clamour lasted for a quarter of an hour, until we reached the landing-place, where several canoes were drawn up under the trees.”

Traduction française

« Tandis que nous approchions de la résidence royale, Blockley proposa que nous annoncions notre arrivée par un rumela. L’écho de nos coups de feu s’était à peine éteint que plusieurs groupes d’hommes se rassemblèrent sous les arbres, et une autre salve répondit à la nôtre. De toute évidence, le roi se trouvait parmi la population et supervisait l’organisation du nouvel établissement. Nos bateliers se joignirent aux cris qui avaient commencé sur la rive. Le vacarme se prolongea pendant un quart d’heure, jusqu’à ce que nous atteignions le débarcadère, où plusieurs pirogues avaient été tirées sous les arbres. »

Texte anglais

“In order to have audience of the ruler of the Central Zambesi, I felt that it was becoming on my part to dress myself in my very best, but it was rather aggravating at the last moment to find that my hat had been mislaid. Blockley would scarcely allow me time to overhaul my baggage to get at the missing article, but dragged me off, telling me that the sound of the myrimba was already begun.”

Traduction française

« Afin de me présenter en audience devant le souverain du Zambèze central, je jugeai convenable de revêtir mes plus beaux habits. Il fut cependant assez contrariant de constater, au dernier moment, que mon chapeau avait été égaré. Blockley me laissa à peine le temps de fouiller mes bagages pour retrouver l’objet disparu : il m’entraîna avec lui en m’annonçant que la myrimba avait déjà commencé à résonner. »

Texte anglais

“I have already mentioned that Sepopo had been expecting me for some months; he had often inquired of Westbeech and Blockley when the nyaka was coming, to travel through the country like Monari (Livingstone); and although since the visit of the great explorer he had had interviews with at least fifteen white men, he was desirous to give me a more imposing reception than any of them.”

Traduction française

« J’ai déjà mentionné que Sepopo m’attendait depuis plusieurs mois. Il avait souvent demandé à Westbeech et à Blockley quand viendrait le nyaka, afin qu’il parcourût le pays comme Monari — Livingstone. Bien qu’il eût reçu, depuis la visite du grand explorateur, au moins quinze hommes blancs, il désirait m’accorder une réception plus imposante que toutes celles qu’il leur avait réservées. »

Pages 136-137

Texte anglais

“A crowd of natives in leather and cotton aprons announced that the king was waiting to receive me, and after proceeding another 200 yards I stood face to face with his majesty.”

Traduction française

« Une foule d’indigènes vêtus de tabliers de cuir et de coton nous annonça que le roi attendait de me recevoir et, après avoir parcouru encore 200 yards, je me trouvai face à face avec Sa Majesté. »

Dans une traduction française, il est préférable de convertir la distance :

« Une foule d’indigènes vêtus de tabliers de cuir et de coton nous annonça que le roi attendait de me recevoir et, après avoir parcouru encore environ 183 mètres, je me trouvai face à face avec Sa Majesté. »

Le mot aprons désigne ici des pièces de vêtement portées autour de la taille, probablement des pagnes ou des tabliers. Une traduction historiquement plus naturelle serait donc :

« Une foule d’habitants vêtus de pagnes de cuir ou de coton nous annonça que le roi attendait de me recevoir et, après avoir parcouru encore environ 183 mètres, je me trouvai face à face avec Sa Majesté. »

Cette dernière formulation est la plus fluide, mais « tabliers de cuir et de coton » demeure la traduction la plus littérale.

Texte anglais

“He was a man of about five-and-thirty, dressed in European style, with an English hat upon his head, decorated with a fine white ostrich feather. He had a broad, open countenance, large eyes, and a good-humoured expression that betrayed nothing of the tyrant that he really was.”

Traduction française

« C’était un homme d’environ trente-cinq ans, habillé à l’européenne et coiffé d’un chapeau anglais orné d’une belle plume d’autruche blanche. Il avait un visage large et ouvert, de grands yeux et une expression bienveillante qui ne laissait rien deviner du tyran qu’il était en réalité. »

Texte anglais

“Advancing to meet me with a light and easy tread, he smiled pleasantly as he held out his hand, and after greeting Blockley in a similar fashion, he bestowed a nod of recognition on our servant April. He was accompanied by some of the principal court-officials, only one of whom wore trousers; two others had woollen garments fastened across their backs, whilst the rest were only to be distinguished from the general mob by the number of bracelets on their arms.”

Traduction française

« S’avançant à ma rencontre d’un pas léger et assuré, il sourit aimablement en me tendant la main. Après avoir salué Blockley de la même manière, il gratifia notre serviteur April d’un signe de tête indiquant qu’il l’avait reconnu. Il était accompagné de quelques-uns des principaux dignitaires de la cour. Un seul d’entre eux portait un pantalon ; deux autres avaient des vêtements de laine attachés en travers du dos, tandis que les autres ne se distinguaient de la foule ordinaire que par le nombre de bracelets qu’ils portaient aux bras. »

Texte anglais

“The most noticeable part of the procession was the royal band; on either side of the king were myrimba-players bringing out the most excruciating sounds with a pair of short drumsticks from a keyboard of calabashes suspended from their shoulders by a strap; these were preceded by men with huge tubular drums, upon which they played with their fingers, accompanying the strains with their voices.”

Traduction française

« La partie la plus remarquable du cortège était l’orchestre royal. De chaque côté du roi se tenaient des joueurs de myrimba qui, au moyen d’une paire de courtes baguettes, tiraient les sons les plus déchirants d’un clavier pourvu de calebasses, suspendu à leurs épaules par une courroie. Ils étaient précédés d’hommes portant d’énormes tambours tubulaires, dont ils jouaient avec les doigts tout en accompagnant la musique de leurs voix. »

Texte anglais

“Followed by this motley throng, we were conducted to a tall mimosa, where we were met by a man in European costume, whom Sepopo introduced to me as Jan Mahura, a Bechuana, who had resided three years with him as interpreter.”

Traduction française

« Suivis par cette foule bigarrée, nous fûmes conduits auprès d’un grand mimosa. Là, nous fûmes accueillis par un homme vêtu à l’européenne, que Sepopo me présenta comme étant Jan Mahura, un Bechuana qui résidait auprès de lui depuis trois ans en qualité d’interprète. »

Précisions de traduction

  • 200 yards correspondent à environ 183 mètres.
  • Myrimba est une graphie ancienne ou une variante de marimba.
  • La formulation keyboard of calabashes est rendue par « clavier pourvu de calebasses ». D’un point de vue organologique, les calebasses sont normalement les résonateurs placés sous les lames, et non les éléments constituant le clavier.
  • The most excruciating sounds signifie littéralement « les sons les plus atroces » ou « les plus pénibles ». L’expression traduit le jugement esthétique très négatif du voyageur, non une propriété objective de la musique.
  • Bechuana est une ancienne transcription européenne désignant un Tswana ou une personne appartenant aux populations alors appelées Bechuana.
  • Le mot tyrant appartient également à l’appréciation personnelle de l’auteur à propos du roi Sepopo, plus couramment nommé Sipopa.

Rectification bibliographique

Le récit n’est pas de Johann Varoni. L’auteur de Seven Years in South Africa est le médecin et explorateur austro-hongrois Emil Holub. Le texte anglais fut traduit par Ellen E. Frewer et publié en 1881. Johann Varrone — également nommé Varone ou Varoni — était un peintre et lithographe ayant participé à l’illustration d’ouvrages ; son nom peut donc apparaître dans les métadonnées d’une gravure, mais il n’est pas l’auteur du passage. La page de titre de l’édition anglaise attribue explicitement l’ouvrage à Holub et la traduction à Frewer. 

Référence complète : Emil Holub, Seven Years in South Africa: Travels, Researches, and Hunting Adventures, between the Diamond-Fields and the Zambesi (1872–79), traduit par Ellen E. Frewer, vol. II, Londres, Sampson Low, Marston, Searle & Rivington, 1881, chap. VII, « First Visit to the Marutse Kingdom », p. 134-137.

Interprétation de la gravure

La scène peut être lue de gauche à droite :

  1. La salve d’arrivée : un homme décharge son fusil en l’air ; il s’agit vraisemblablement du rumela proposé par Blockley.
  2. Le nouvel établissement : à l’arrière-plan apparaissent des habitations et des hommes travaillant sur une grande charpente. Ces détails correspondent à Sepopo « supervisant l’organisation du nouvel établissement ».
  3. L’orchestre déjà en activité : les joueurs de marimba évoquent la phrase prononcée par Blockley selon laquelle « la myrimba avait déjà commencé à résonner ».
  4. La réception royale : Sepopo, vêtu à l’européenne, avance avec ses dignitaires, ses musiciens et ses serviteurs.
  5. Les instruments royaux : deux marimbas portatives à résonateurs en calebasse sont placées de part et d’autre du souverain, tandis que de grands tambours tubulaires sont joués au premier plan.

La gravure ne fixe donc pas un instant unique. Elle associe dans une même image l’arrivée par le fleuve, l’annonce au fusil, la construction du nouveau village, la mise en marche de l’orchestre et la rencontre avec Sepopo.

Légende 

Réception d’Emil Holub auprès du roi Sepopo, dans le royaume marutse-mabunda. La gravure réunit plusieurs épisodes successifs du récit : l’arrivée des voyageurs, annoncée par une salve appelée rumela ; la construction du nouvel établissement royal supervisée par Sepopo ; puis l’accueil d’Holub par le souverain, ses dignitaires et son orchestre. Deux musiciens portent des marimbas munies de résonateurs en calebasse, tandis que d’autres jouent à la main de grands tambours tubulaires. Illustration intitulée Reception at Sepopo’s, dans Emil Holub, Seven Years in South Africa, traduit par Ellen E. Frewer, vol. II, Londres, 1881, chapitres VI-VII, p. 134-137. Domaine public.

Mots-clés

Sepopo ; Royaume marutse-mabunda ; Zambèze ; Lozi ; Marimba ; Calebasse ; Fusil ; Tambour ; Royauté ; Johann Varrone ; Habitat ; Pirogue ; Pagne ; Orchestre royal ; Emil Holub ; Seven Years in South Africa: Travels, Researches, and Hunting Adventures, between the Diamond-Fields and the Zambesi (1872–79) ; Ellen E. Frewer

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