Instruments de musique des Congolais.

Instruments de musique des Congolais

Instruments de musique des Congolais.

Cette gravure constitue un document particulièrement important : elle présente sept instruments nommément identifiés, observés dans l’espace Kongo à la fin du XVIIe siècle. Elle fut publiée en 1692 dans le récit du missionnaire capucin Girolamo Merolla da Sorrento.

Les instruments représentés

Inscription sur la gravure
Identification organologique probable
Mode de jeu
Quilondo
Grand racloir ou idiophone à friction
Instrument frotté ou raclé avec un objet tenu à la main
Cassuto
Racloir plus petit, apparenté au quilondo
Frotté ou raclé
Ngaba
Tambour en bois à une membrane, vraisemblablement en forme de gobelet
Frappé avec les mains
Longa
Double cloche métallique sans battant intérieur
Frappée extérieurement avec une baguette
Epugu
Trompe, probablement en ivoire
Soufflée par l’extrémité
Marimba
Xylophone à lames de bois et résonateurs en calebasse
Lames frappées avec deux baguettes
Nsambi
Pluriarc à cinq cordes
Cordes pincées avec les doigts


Quilondo et Cassuto

Les deux premiers instruments ne sont vraisemblablement ni des harpes ni des instruments à cordes. Les études organologiques les identifient comme deux grands racloirs ou idiophones à friction.

Le quilondo est le plus volumineux. Merolla le décrit comme un instrument renflé, haut de deux ou trois empans, dont l’extrémité rappelle une bouteille. Le cassuto paraît appartenir à la même famille, mais dans un format plus réduit. Leur son devait être produit en frottant ou en raclant leur surface.

Les graphies varient dans les reproductions et les transcriptions : Quilondo, Quiondo ou Kilondo ; Cassuto, Casuto ou Kasuto. Il est préférable de conserver la forme imprimée par Merolla lorsqu’on légende précisément cette planche.

Le Ngaba

Le ngaba est un tambour à membrane unique. Le corps semble sculpté dans une pièce de bois et s’élargit vers la partie supérieure. Le musicien le maintient verticalement devant lui et paraît le frapper à mains nues.

Ce nom est apparenté à différentes formes rencontrées dans les langues kongo, notamment ngamba ou ingomba. Il faut toutefois éviter de considérer toutes ces appellations comme parfaitement interchangeables sans tenir compte des régions et des époques.

La Longa

La longa est représentée comme une double cloche métallique constituée de deux corps coniques reliés par une poignée arquée. Le musicien la tient d’une main et frappe extérieurement le métal avec une baguette.

Elle ne possède donc pas, sur cette image, de battant intérieur visible. Cette représentation confirme l’interprétation des descriptions de Cavazzi et de Bonanni : la longa appartient à la famille des idiophones métalliques frappés, et non à celle des cymbales européennes constituées de deux disques entrechoqués.

La gravure de Merolla est d’autant plus précieuse qu’elle est antérieure au Gabinetto armonico de Filippo Bonanni, publié en 1722, et qu’elle représente une double cloche dans un ensemble d’instruments expressément attribués à l’espace Kongo.

L’Epugu

L’epugu, également transcrit epungu ou rapproché du npungu, est une trompe droite. Le musicien souffle par une extrémité et place apparemment une main près de l’ouverture opposée. Ce geste pouvait permettre de modifier partiellement le timbre ou la hauteur du son.

Les textes du XVIIe siècle associent fréquemment ces trompes — souvent fabriquées en ivoire — aux chefs, aux dignitaires, aux cérémonies et à la communication politique. Merolla les présente comme des instruments particulièrement prestigieux. Une étude organologique allemande relève d’ailleurs que la planche montre une trompe soufflée longitudinalement et probablement modulée par la main du musicien.

La Marimba

La partie centrale inférieure représente un xylophone à résonateurs appelé marimba. Des lames de bois de différentes dimensions sont disposées sur un châssis ; sous celles-ci pendent des calebasses servant de caisses de résonance. Le musicien frappe les lames avec deux baguettes.

Cette planche constitue ainsi l’une des plus anciennes représentations européennes connues d’une marimba à résonateurs dans l’espace Kongo. Elle démontre que le terme marimba et l’instrument correspondant étaient documentés en Afrique centrale dès le XVIIe siècle.

L’image ne doit toutefois pas être interprétée comme la première apparition historique de l’instrument : elle établit seulement que celui-ci existait déjà lorsque Merolla séjourna dans la région.

Le Nsambi

Le nsambi représenté à droite est un pluriarc, et non le lamellophone parfois appelé aujourd’hui nsambi. Il comporte une caisse de résonance sur laquelle sont fixés plusieurs manches ou arcs indépendants, chacun portant une corde.

Merolla le compare à une sorte de guitare et lui attribue cinq arcs. La tension et la courbure de chaque arc permettaient d’accorder sa corde. Les cordes étaient pincées avec les doigts. Les sources organologiques modernes confirment que la forme ancienne du nsambi figurant chez Merolla est un pluriarc à cinq cordes.

Un catalogue illustré plutôt qu’un véritable orchestre

La disposition des sept musiciens ne signifie pas nécessairement que tous ces instruments étaient joués simultanément dans un même ensemble. La planche fonctionne surtout comme un catalogue organologique : les instruments sont isolés, clairement dessinés et accompagnés de leurs noms.

Elle renseigne néanmoins sur l’extrême diversité de la facture instrumentale kongo :

  • idiophones en bois frottés ou raclés ;
  • tambour à membrane ;
  • cloche double en métal ;
  • trompe probablement en ivoire ;
  • xylophone à résonateurs ;
  • instrument à cordes pincées.

La présence simultanée du métal, du bois, des calebasses, des peaux, de l’ivoire et des fibres végétales montre la diversité des savoir-faire mobilisés par les artisans.

Précision sur le mot « Congolais »

Dans la légende donnée par William Graham Lister Randles, l’expression « instruments de musique des Congolais » renvoie principalement aux populations de l’ancien royaume du Kongo et de ses régions voisines. Elle ne désigne pas indistinctement tous les peuples compris dans les frontières des deux États modernes appelés Congo.

Merolla séjourna notamment dans le royaume du Kongo et dans la région de Soyo à partir de 1683. Son récit fut ensuite dicté et mis en forme littéraire par le capucin Angelo Piccardo da Napoli. La gravure doit donc être considérée comme un document issu de cette publication missionnaire, et non nécessairement comme un dessin exécuté directement devant les musiciens.

Attribution correcte de l’image

William Graham Lister Randles n’est pas le coauteur de la gravure. Son ouvrage moderne constitue la source de reproduction utilisée par OpenEdition. L’attribution devrait distinguer :

  • source originale : Girolamo Merolla da Sorrento, 1692 ;
  • graveur : non identifié ;
  • source de la reproduction moderne : William Graham Lister Randles, L’ancien royaume du Congo des origines à la fin du XIXe siècle.

OpenEdition répertorie effectivement cette image comme une gravure extraite de la Breve e succinta relatione de Merolla.

Légende proposée

Instruments de musique de l’ancien royaume du Kongo, 1692. Cette gravure présente sept instruments accompagnés de leurs appellations anciennes : le quilondo et le cassuto, deux racloirs ; le ngaba, tambour à une membrane ; la longa, double cloche métallique frappée avec une baguette ; l’epugu, trompe probablement en ivoire ; la marimba, xylophone à résonateurs en calebasse ; et le nsambi, pluriarc à cinq cordes. Gravure publiée dans Girolamo Merolla da Sorrento, Breve e succinta relatione del viaggio nel Regno di Congo nell’Africa meridionale, Naples, Francesco Mollo, 1692.

Crédit recommandé

Girolamo Merolla da Sorrento, Breve e succinta relatione del viaggio nel Regno di Congo nell’Africa meridionale, Naples, 1692. Gravure reproduite dans William Graham Lister Randles, L’ancien royaume du Congo des origines à la fin du XIXe siècle, Éditions de l’EHESS. Source numérique : OpenEdition Books, CC BY 4.0 pour la reproduction numérique.

Mots-clés

Girolamo Merolla da Sorrento ; Royaume du Kongo ; Quilondo ; Cassuto ; Ngaba ; Longa ; Epugu ; Marimba ; Nsambi ; William Graham Lister Randles ; République du Congo ; République démocratique du Congo ; Angola ; Soyo ; Angelo Piccardo da Napoli ; L’ancien royaume du Congo des origines à la fin du XIXe siècle ; Breve e succinta relatione del viaggio nel Regno di Congo nell’Africa meridionale 

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