Hommage qu'on Rend au Roy de quoja.

Hommage qu'on Rend au Roy de quoja

Hommage qu'on Rend au Roy de quoja.

Cette gravure représente une cérémonie politique d’hommage et d’investiture dans le royaume de Quoja — plus généralement nommé Kquoja dans l’historiographie moderne — en Haute-Guinée. Ce royaume forestier du XVIIe siècle occupait une partie des territoires correspondant aujourd’hui au sud de la Sierra Leone et au nord du Liberia.

Le sens exact de la scène

Le passage de la Relation universelle de l’Afrique auquel renvoie la gravure explique que le royaume de Quoja était alors considéré comme tributaire du royaume voisin de Folgia. À la mort du roi de Quoja, son successeur devait recevoir l’investiture de son suzerain.

Le texte de 1688 indique :

« Comme le Royaume de Quoja est tributaire de celuy de Folgia, quand le Roy du premier est mort, celuy qu’on doit élire pour luy succéder va rendre hommage au Roy du second ; cet hommage se rend de cete manière : le vassal s’étend tout de son long le ventre contre terre, et ainsi couché on luy jete une poignée de terre dessus […] »

La personne couchée au sol, visible au centre de la gravure, correspond donc vraisemblablement au futur roi de Quoja accomplissant ce geste de soumission devant le souverain de Folgia. Celui-ci est représenté à droite, sous un abri, entouré de plusieurs dignitaires.

Le texte poursuit en précisant que l’on demandait ensuite au nouveau souverain le nom qu’il souhaitait porter. Il recevait alors le titre de Dondag ainsi que les insignes de la royauté de Quoja :

« On lui impose donc ce nom, et en même temps on lui fait présent du titre de Dondag. […] [On lui donne] la Couronne de Quoja, avec un arc, un carquois et des flèches pour la défendre. »

L’arc, le carquois et les flèches apparaissent ainsi comme des insignes militaires exprimant l’obligation du roi de protéger son territoire.

Le tribut représenté au premier plan

Après son investiture, le nouveau roi devait verser un tribut à son suzerain. La source précise :

« Après quoy il paye le tribut à son Souverain, qui consiste en esclaves, en draps, en chauderons, en bassins, etc. »

Les récipients circulaires déposés au premier plan peuvent donc représenter les chaudrons et bassins mentionnés dans le texte. Il faut toutefois rester prudent : la gravure est petite et schématique, et chaque objet ne peut pas être identifié avec certitude.

L’homme situé à gauche porte en bandoulière un objet cylindrique qui ressemble fortement à un tambour. Un second personnage paraît tenir une baguette ou un bâton. La scène suggère ainsi que la cérémonie pouvait être accompagnée de musique. Cependant, le passage consacré spécifiquement à l’hommage ne décrit pas explicitement le rôle de ce musicien. Un peu plus loin, l’ouvrage mentionne néanmoins que certaines cérémonies royales de Quoja se déroulaient « au son du tambour et des instruments ».

Une contradiction dans le titre de la gravure

Le titre inscrit sur l’image — « Hommage qu’on rend au Roy de Quoja » — présente une difficulté. Pris littéralement, il signifie que l’hommage est rendu au roi de Quoja. Or le texte placé autour de la planche explique plutôt que le nouveau roi de Quoja rend hommage au roi de Folgia.

Deux interprétations restent possibles :

  • le titre de la gravure est imprécis et désigne globalement la cérémonie d’investiture du roi de Quoja ;
  • l’image représente simultanément plusieurs formes de soumission : celle du futur roi devant son suzerain et celle de ses propres sujets ou tributaires devant lui.

Il serait donc excessif d’affirmer simplement que la scène montre des sujets rendant hommage au roi de Quoja. Le contexte textuel oriente plus précisément vers l’investiture du nouveau roi de Quoja par le souverain de Folgia.

Valeur documentaire et limites

La planche fut publiée en 1688 dans une compilation d’A. Phérotée de La Croix. Elle n’est ni une photographie ni nécessairement le résultat d’une observation personnelle de l’auteur ou du graveur. La Relation universelle rassemble des informations provenant de récits européens antérieurs, notamment de la tradition géographique illustrée associée à Olfert Dapper.

L’image possède néanmoins une réelle valeur documentaire : elle témoigne de la manière dont les sources européennes du XVIIe siècle décrivaient les relations de vassalité, l’investiture royale, les tributs et la présence d’instruments de musique dans les cérémonies politiques de la Haute-Guinée.

Légende proposée

Investiture et hommage du roi de Quoja, Haute-Guinée, 1688. La gravure représente vraisemblablement le futur roi de Quoja étendu face contre terre devant le souverain de Folgia, conformément au rite de vassalité décrit dans le texte. Des récipients pouvant correspondre aux bassins ou chaudrons remis en tribut sont disposés au premier plan, tandis qu’un musicien porte un tambour en bandoulière. Le titre ancien de la planche, Hommage qu’on rend au Roy de Quoja, est ambigu, car le récit précise que le roi de Quoja rendait hommage au roi de Folgia. Illustration publiée dans A. Phérotée de La Croix, Relation universelle de l’Afrique, ancienne et moderne, tome II, Lyon, Thomas Amaulry, 1688, p. 553.

Source : Schomburg Center for Research in Black Culture, New York Public Library Digital Collections. Domaine public.

Mots-clés

Temnés ; Royaume de Koya ; Royautés ; Tambours ; Archerie ; Esclavage ; Récipients 

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