Instrument appelé marimba.

Instrument appelé marimba

Instrument appelé marimba.

Filippo Bonanni consacre le chapitre CXXI de son Gabinetto armonico, publié à Rome en 1722, à l’Istromento detto Marimba, « Instrument appelé marimba ».

Chapitre CXXI — Istromento detto Marimba

Traduction du titre : « Instrument appelé marimba »

Parmi tous les instruments employés en Afrique par les « barbares » du Congo et par d’autres peuples, puis transmis au royaume du Brésil, en Amérique, le plus mélodieux est celui que l’on appelle marimba.

Le père Fortunato Alamandini, capucin, le décrit de la manière suivante dans son Histoire de ce royaume, au livre premier, page 332.

La marimba est composée de quatorze ou quinze petites calebasses disposées de manière harmonique et solidement attachées entre deux traverses. Leur ouverture est tournée vers le bas et elles sont fermées au moyen d’une fine écorce.

Sur la partie opposée de chacune d’elles se trouve une petite lame de bois, large d’environ deux pouces et longue d’un palme. Frappée par les doigts du musicien tandis qu’elle monte et descend, elle produit une harmonie qui n’est pas désagréable. Certains musiciens, au lieu de les frapper avec les doigts, les frappent avec de petites baguettes.

Cette seconde manière de jouer est montrée dans l’image présentée ici : elle représente un Brésilien noir jouant de la marimba, qu’il porte suspendue à son cou. L’instrument comporte de nombreuses petites calebasses disposées comme les tuyaux d’un orgue. De même qu’en Europe l’orgue peut être composé d’un nombre plus ou moins grand de tuyaux, la marimba du Brésil peut comporter un nombre plus ou moins grand de calebasses.

Texte italien transcrit

CXXI. Istromento detto Marimba.

Trà tutti però gl’Istromenti usati nell’Affrica dalli Barbari del Congo, ed altri, ed indi tramandati al Regno del Brasile in America, il più soave è quello chiamato Marimba.

Lo descrisse nella sua Istoria di quel Regno il P. Fortunato Alamandino Capuccino nel libro primo a carte 332. come segue. È composta la Marimba di quattordici, ò quindeci Zucchette disposte in consonanza, e ben collegate frà due regoli con la bocca all’ingiù, turate con sottile corteccia. Nella parte opposta eravi in ciascuna di esse una Tavoletta di legno, larga circa due oncie, ed un palmo in lunghezza, che percossa dalle dita del Sonatore, mentre si alza, e si abbassa forma un’armonia, che non dispiace. Alcuni in vece delle dita le percuotono con bastoncelli.

Questo modo si dimostra nell’Immagine quì esposta d’un Brasiliano Moro, in atto di sonare la Marimba, che porta pendente dal collo, è copiosa di Zucchette disposte come le Canne dell’Organo; poiché come questo si compone in Europa, ò con più, ò con meno Canne, così la Marimba nel Brasile.

Sens du passage

Ce chapitre est particulièrement intéressant, car Bonanni affirme explicitement trois choses :

  1. la marimba était employée par les populations du Congo et d’autres régions d’Afrique ;
  2. elle fut ensuite transmise d’Afrique au Brésil ;
  3. la gravure représente un musicien noir du Brésil jouant d’une marimba suspendue à son cou.

L’expression italienne « Brasiliano Moro » signifie littéralement « Brésilien maure », mais moro désigne ici vraisemblablement un homme noir ou à la peau très sombre. La traduction « Brésilien noir » restitue donc mieux le sens dans ce contexte.

La description correspond à un xylophone portatif à résonateurs : les petites calebasses amplifient le son des lames de bois placées au-dessus d’elles. Bonanni évoque deux techniques de jeu, avec les doigts ou avec des baguettes, bien que l’emploi des baguettes corresponde beaucoup mieux au fonctionnement habituel d’un xylophone.

Enfin, l’ouvrage cité sous le nom de Fortunato Alamandini est en réalité lié à l’Istorica descrizione de’ tre regni Congo, Matamba ed Angola de Giovanni Antonio Cavazzi, dont Alamandini assura la préparation éditoriale. Ce passage constitue ainsi un témoignage ancien sur le transfert au Brésil d’un instrument africain dans le contexte de la diaspora.

Source : Gabinetto armonico : pieno d'istromenti sonori (Le Cabinet harmonique, rempli d’instruments sonores).

Auteur : Filippo Buonanni (1638-1725).

Imprimeur : Giorgio Placho.

Date de publication : 1722.

Éditeur : Rome, imprimerie de Giorgio Placho.

Collections : Bibliothèque de l’Université de Séville ; Patron Library Collection.

Langue : italien.

Illustrations : les feuillets de planches sont gravés sur cuivre — dessiné par Stefano Spargioni et gravé par Giovanni Battista Sintes.

Provenance : Collège de la Conception de la Compagnie de Jésus. Écriture latine. 

Source du fichier : Internet Archive.

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