Marimba des Cafres.

Marimba des Cafres

Marimba des Cafres.

Malgré l’appellation marimba, Bonanni ne décrit pas ici un xylophone à lames de bois frappées avec des baguettes. Il décrit manifestement un lamellophone à lames de fer, ancêtre ou forme ancienne de la mbira, du sanza ou « piano à pouces » :

  • une caisse de résonance en bois ;
  • une ouverture sonore ou rosace centrale ;
  • un chevalet maintenant les lames surélevées ;
  • sept ou neuf languettes métalliques ;
  • un jeu réalisé avec les deux pouces.

Le verbe italien premendosi signifie littéralement « en les pressant ». Dans la pratique, les languettes sont probablement abaissées puis relâchées avec les pouces afin de les faire vibrer.

Chapitre CXLIV — Marimba de’ Cafri

Traduction du titre : « Marimba des Cafres »

Nous rapportons trois instruments employés par les habitants de la Cafrerie, région qui fait partie du royaume du Monomotapa et qui est située à quinze degrés de latitude méridionale.

Le premier est une sorte de marimba, quoiqu’elle ne soit pas entièrement différente de celle qui a été présentée sous le numéro 121, à la page 154.

Elle est ainsi décrite par un père de la Compagnie de Jésus qui séjourna plusieurs mois sur cette côte et qui l’entendit jouer à plusieurs reprises, à Goa, par des catéchumènes cafres lors de la fête solennelle de quelque saint.

Il est difficile d’imaginer l’adresse avec laquelle ces peuples — représentés d’après nature dans la figure proposée — emploient cet instrument au cours de leurs danses.

Ils fabriquent une petite caisse en bois léger, haute de trois doigts et longue d’environ un palme et demi, avec une rosace en son centre.

À l’une de ses extrémités se trouve un chevalet composé de deux pièces réunies en angle. Sur celui-ci, afin qu’elles demeurent surélevées, ils fixent sept ou neuf lames de fer. Celles-ci se terminent sur une même ligne du côté des mains du musicien et s’élargissent, à leur extrémité, pour former autant de languettes.

En pressant ces languettes avec les pouces des deux mains, le musicien les fait vibrer et leur tremblement produit un son agréable.

Texte italien transcrit

CXLIV. Marimba de’ Cafri.

Tre suoni rapportiamo usati da quei della Cafreria, ch’è parte del Regno di Monomotapa sotto gradi 15. del Polo antartico.

Il primo è una sorte di Marimba, benché non del tutto diversa da quella esposta nel numero 121. pag. 154. Così vien descritta da un Padre della Compagnia di Giesù stato più mesi in quella Costa, e udita più volte sonare in Goa da quei Catecumeni Cafri nella solennità di qualche Santo. È incredibile la destrezza, con cui questi Popoli rappresentati al naturale nella figura proposta nelle loro danze l’adoprino.

Formano una piccola cassetta di leggier legno alta 3. dita, longa un palmo e mezzo in circa con la sua rosa in mezzo. A capo di questa v’è il Ponte composto di due pezzi, che unisconsi in angolo: su questo poi, acciò restino sollevate fermano 7. ò 9. lamine di ferro, che terminate in egual linea verso la mano del Sonatore slargansi su la loro estremità in tante linguette, e premendosi queste col pollice d’ambidue le mani vengono col lor tremore a rendere grato suono.

Remarques historiques

Le terme Cafri, rendu ici par « Cafres », appartient au vocabulaire géographique européen de l’époque. Dérivé de l’arabe kāfir, il servait alors à désigner diverses populations non musulmanes d’Afrique australe ou orientale ; il a acquis par la suite une valeur fortement injurieuse, notamment en Afrique du Sud.

La localisation renvoie approximativement à l’Afrique australe située vers le quinzième parallèle sud, dans la sphère attribuée par les Européens au Monomotapa. Le missionnaire cité aurait observé l’instrument sur la côte, puis l’aurait entendu à Goa entre les mains de catéchumènes africains. Ce passage atteste donc également la présence de musiciens originaires d’Afrique orientale ou australe dans l’Inde portugaise.

Enfin, la phrase rappresentati al naturale signifie que les personnages de la gravure étaient présentés comme dessinés « d’après nature ». Cette prétention de fidélité appartient au discours de Bonanni ou de sa source et ne garantit pas que tous les détails de l’image aient été observés directement.

Source : Gabinetto armonico : pieno d'istromenti sonori (Le Cabinet harmonique, rempli d’instruments sonores).

Auteur : Filippo Buonanni (1638-1725).

Imprimeur : Giorgio Placho.

Date de publication : 1722.

Éditeur : Rome, imprimerie de Giorgio Placho.

Collections : Bibliothèque de l’Université de Séville ; Patron Library Collection.

Langue : italien.

Illustrations : les feuillets de planches sont gravés sur cuivre — dessiné par Stefano Spargioni et gravé par Giovanni Battista Sintes.

Provenance : Collège de la Conception de la Compagnie de Jésus. Écriture latine. 

Source du fichier : Internet Archive.

Voir aussi

Cette illustration est présente dans les articles suivants : 

  • Le marimba en Afrique précoloniale : histoire, origines et usages

Musique

La marimba en Afrique précoloniale : histoire, origines et usages

La marimba désigne un ensemble de traditions instrumentales attestées en Afrique subsaharienne [...]

Musique

Les cloches musicales dans le Congo précolonial

Les cloches musicales dans le Congo précolonial formaient une importante catégorie d’instruments [...]

Musique

Les tambours en Afrique précoloniale : musique, guerre et pouvoir

Les tambours en Afrique précoloniale occupaient une place importante dans la vie [...]

Sémites

Les Noirs dans la Maqāma d’Oman sont-ils des esclaves ?