Les tambours en Afrique précoloniale occupaient une place importante dans la vie [...]
Musique
Tambour africain.
La personne de la première gravure joue probablement le tronc de bois évidé ; l’autre gravure est censée représenter la calebasse ou l’outre en peau de bœuf contenant des grelots.
Source : Gabinetto armonico : pieno d'istromenti sonori (Le Cabinet harmonique, rempli d’instruments sonores).
Auteur : Filippo Buonanni (1638-1725).
Imprimeur : Giorgio Placho.
Date de publication : 1722.
Éditeur : Rome, imprimerie de Giorgio Placho.
Collections : Bibliothèque de l’Université de Séville ; Patron Library Collection.
Langue : italien.
Illustrations : les feuillets de planches sont gravés sur cuivre — dessiné par Stefano Spargioni et gravé par Giovanni Battista Sintes.
Provenance : Collège de la Conception de la Compagnie de Jésus. Écriture latine.
Source du fichier : Internet Archive.
Cette gravure représente une femme africaine jouant d’un instrument.
La légende italienne indique :
LXXVIII — Tamburro Affricano
soit :
LXXVIII — Tambour africain
La musicienne tient sous son bras gauche un instrument en forme de sablier. L’instrument semble comporter :
Le musicien frappe une membrane avec une baguette recourbée tout en pressant les cordes sous son bras. La pression modifie la tension des peaux et, par conséquent, la hauteur du son. Elle permet d’imiter les inflexions de la parole dans les langues tonales.
La figure est représentée assise, torse découvert, portant un pagne, un collier et une coiffure relevée en plusieurs petits chignons. Cette apparence relève cependant en partie des conventions européennes de l’illustration ethnographique du XVIIIe siècle.
Il s’agit donc, plus précisément, de la représentation d’une joueuse africaine.
Cette gravure représente un homme africain assis jouant d’un instrument allongé, présenté par Filippo Bonanni comme une variété de tambour africain.
La légende italienne est :
LXXVIII — Tamburro Affricano diverso
Elle signifie :
LXXVIII — Autre sorte de tambour africain
L’instrument paraît constitué d’une longue pièce de bois creuse, de forme légèrement conique, munie de plusieurs ouvertures circulaires. L’homme en tient l’extrémité étroite près de sa bouche et place une main sur sa partie supérieure. Visuellement, il semble donc souffler dans l’instrument, ce qui lui donne davantage l’apparence d’une longue trompe ou d’un instrument à vent que d’un tambour ordinaire.
Il faut néanmoins rester prudent : dans la classification musicale du début du XVIIIe siècle, le mot italien tamburro pouvait être employé assez largement pour certains instruments produisant un son par percussion ou résonance. La position près du visage résultant d’une représentation maladroite ou d’une source européenne mal interprétée.
La scène comporte également :
Cette planche appartient au Gabinetto armonico de Filippo Bonanni, publié à Rome en 1722. L’ouvrage constitue une ancienne tentative de recensement des instruments du monde, mais ses images ne doivent pas être considérées comme des observations parfaitement fidèles : Bonanni compilait fréquemment des récits et des représentations antérieures. La planche est attribuée au graveur Arnold van Westerhout.
Traduction du titre : « Tambour africain »
Dans les récits des voyages accomplis aux Indes orientales par les Hollandais, on lit que certains Indiens de l’île de Bantam utilisent plusieurs tambours de leur invention.
Parmi ceux-ci, l’un est fait de bois évidé ; un autre est constitué d’une grande calebasse, ou d’une outre en peau de bœuf gonflée d’air, dans laquelle ils placent divers grelots. Ils la frappent ensuite avec un morceau de bois, produisant ainsi un son rauque, dépourvu de toute harmonie agréable à l’oreille.
Les deux images placées sous ce numéro représentent respectivement l’un et l’autre de ces instruments.
LXXVIII. Tamburro Africano.
Nelle Relazioni delli viaggi fatti nell’Indie Orientali dagl’Olandesi, si legge, che alcuni Indiani nell’Isola di Bantam usano alcuni Timpani da loro inventati, trà li quali uno è fatto di legno scavato; un’altro è composto di una gran Zucca, overo borsa di pelle di Bue gonfia di vento, nella quale pongono varii sonagli, e poi la percuotono con un legno, in modo, che si eccita un suono rauco, e senza alcuna sinfonia grata all’orecchio.
Le due imagini poste con questo numero rappresentano l’uno, e l’altro.
Il existe ici une incohérence géographique manifeste : le chapitre est intitulé « Tambour africain », alors que le texte situe expressément ces instruments à Bantam, cité et sultanat de l’ouest de l’île de Java, dans l’actuelle Indonésie.
Les deux planches portent le même numéro LXXVIII et les personnages y sont bien figurés comme des Africains selon les conventions iconographiques européennes du début du XVIIIe siècle.
On trouve :
Le texte précise d’ailleurs :
Le due imagini poste con questo numero rappresentano l’uno, e l’altro.
« Les deux images placées sous ce numéro représentent respectivement l’un et l’autre. »
La difficulté vient donc de Bonanni lui-même : le titre et les figures présentent ces instruments comme africains, tandis que le texte les attribue à des habitants de Bantam, dans l’île de Java.
Il faut distinguer trois niveaux :
Les personnages ne ressemblent effectivement pas aux représentations européennes habituelles des Javanais. Leur peau sombre, leurs cheveux courts ou disposés en petites mèches, leurs traits, leur nudité partielle et leurs pagnes relèvent plutôt du type iconographique alors employé pour représenter les populations africaines.
La formulation la plus rigoureuse serait donc :
Deux musiciens représentés comme africains jouent des instruments que le texte de Bonanni attribue paradoxalement aux habitants de Bantam, dans l’île de Java.
Il est possible que Bonanni ou l’éditeur ait commis une erreur dans le titre, dans l’association du texte avec les planches, ou qu’un graveur européen ait transformé les habitants de Bantam en figures conventionnellement africaines. En revanche, on ne peut pas dire que les personnages dessinés sont présentés comme javanais : visuellement et selon les légendes, ils sont bien présentés comme africains.
La contradiction n’est pas nécessairement une erreur : Bonanni pourrait rapprocher des instruments africains de formes instrumentales également observées à Bantam,
Le chapitre fonctionne probablement ainsi :
Bonanni ne dit d’ailleurs pas expressément que les personnes gravées sont les habitants de Bantam mentionnés dans sa source. Il écrit seulement que :
« Les deux images placées sous ce numéro représentent l’un et l’autre. »
Cela peut désigner les deux types d’instruments, sans garantir que les figures constituent une reproduction ethnographique exacte des musiciens indonésiens.
La présence d’instruments comparables sur plusieurs continents n’a rien d’exceptionnel. Des formes simples peuvent apparaître indépendamment :
Il faut donc éviter de déduire automatiquement une origine commune de leur ressemblance. Celle-ci peut résulter d’une diffusion culturelle ou de contacts maritimes.
La notice pourrait être formulée ainsi :
La double planche LXXVIII représente deux musiciens figurés comme africains. Bonanni les associe néanmoins à une description tirée de récits hollandais concernant des instruments employés à Bantam, dans l’île de Java. Ce rapprochement peut traduire non une confusion géographique, mais la volonté d’illustrer des types instrumentaux comparables attestés en Afrique et en Indonésie.
En l’absence d’indication supplémentaire, il reste toutefois impossible de déterminer si Bonanni revendique réellement cette comparaison ou s’il a simplement assemblé imparfaitement texte, titre et images. Le rapprochement interculturel est donc plausible, mais pas démontré par le passage seul.

Gravure extraite de Girolamo Merolla da Sorrento, Breve e succinta relatione.... Naples, 1692. Source : L’ancien royaume du Congo des origines à la fin du XIXe siècle | William Graham Lister Randles. (Crédit : Girolamo Merolla da Sorrento / William Graham Lister Randles, CC BY 4.0)
La comparaison avec la planche de Merolla permet d’identifier précisément les deux instruments que Filippo Bonanni classe, de manière erronée, parmi les tamburri africani.
Ces objets ne sont pas des tambours au sens organologique moderne : aucune membrane tendue n’est visible. Il s’agit plutôt d’idiophones à friction ou racloirs, dont le corps même est mis en vibration par frottement ou raclement. Le quilondo, plus volumineux, semble avoir rempli le registre grave par rapport au cassuto.
La planche de Merolla publiée en 1692 confirme cette identification, puisqu’elle représente séparément les deux mêmes formes sous les noms de Quilondo et Cassuto. Bonanni a donc repris ces instruments — directement ou par l’intermédiaire d’une source graphique apparentée — mais les a rangés dans la catégorie très générale des « tambours ».
| Planche de Bonanni | Titre ancien | Identification correcte |
|---|---|---|
| LXXVIII, première figure | Tamburro Affricano | Quilondo, grand idiophone à friction |
| LXXVIII, seconde figure | Tamburro Affricano diverso | Cassuto, racloir ou idiophone à friction |
Quilondo du royaume du Kongo. Bonanni présente cet instrument sous le titre Tamburro Affricano, « tambour africain ». La comparaison avec la planche publiée par Girolamo Merolla da Sorrento en 1692 permet cependant de l’identifier comme un quilondo, grand idiophone à friction au corps renflé, et non comme un tambour à membrane. Filippo Bonanni, Gabinetto armonico, Rome, 1722, planche LXXVIII.
Cassuto du royaume du Kongo. Intitulé Tamburro Affricano diverso, « autre sorte de tambour africain », cet instrument correspond au cassuto représenté et nommé par Merolla en 1692. Sa longue caisse munie d’ouvertures était frottée ou raclée ; il appartient donc vraisemblablement à la famille des idiophones, et non à celle des membranophones. Filippo Bonanni, Gabinetto armonico, Rome, 1722, planche LXXVIII.
La comparaison montre également que le mot italien tamburro est employé ici d’une manière aussi approximative que cimbali pour les cloches : Bonanni classe parfois les instruments africains par analogie européenne plutôt que selon leur mode réel de production du son.
Filippo Bonanni ; Gabinetto armonico : pieno d'istromenti sonori ; Arnold van Westerhout ; Girolamo Merolla da Sorrento ; Royaume du Kongo ; Quilondo ; Cassuto ; William Graham Lister Randles ; République du Congo ; République démocratique du Congo ; Angola ; L’ancien royaume du Congo des origines à la fin du XIXe siècle ; Breve e succinta relatione del viaggio nel Regno di Congo nell’Africa meridionale
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