La Mosquée de Djenné est l’un des monuments les plus emblématiques de l’Afrique de l’Ouest et l’un des exemples les plus remarquables de l’architecture soudano-sahélienne. Située au cœur de la ville de Djenné, au Mali, dans la plaine alluviale du Bani, affluent du Niger, elle constitue aujourd’hui le plus grand édifice du monde construit en banco, une technique traditionnelle utilisant la terre crue. Par ses dimensions, son style architectural et son histoire pluriséculaire, la Grande Mosquée de Djenné est devenue un symbole majeur du patrimoine culturel et religieux du Sahel.
L’histoire de la Grande Mosquée de Djenné s’étend sur plusieurs siècles et reflète les transformations religieuses et politiques de la région. Selon les traditions historiques, une première mosquée fut édifiée au XIIIᵉ siècle par le souverain de Djenné, Koi Komboro, après sa conversion à l’islam. Au XIXᵉ siècle, cette mosquée médiévale fut détruite par Sékou Amadou, fondateur du califat peul du Macina, qui fit construire un nouvel édifice religieux. La mosquée actuelle, qui domine aujourd’hui la ville, fut finalement reconstruite au début du XXᵉ siècle, entre 1906 et 1907, sous la direction du maître maçon Ismaïla Traoré.
Depuis le Moyen Âge, Djenné fut un important centre commercial et intellectuel du Sahel, relié aux grandes routes caravanières du commerce transsaharien. Autour de la mosquée se développèrent des écoles coraniques et des institutions savantes qui contribuèrent à la diffusion de l’islam dans la vallée du Niger.
Avec la ville historique de Djenné, elle est inscrite depuis 1988 sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.

Mosquée de Djenné, telle que représentée sur les armoiries du Mali. Source du fichier : Wikimedia Commons.
Début de la construction : 1906 (XIIIe siècle pour la première mosquée)
Fin des travaux : 1907
Architecte : Ismaïla Traoré
Style : soudano-sahélien
Pays : Mali
Ville : Djenné
Où se trouve la Grande Mosquée de Djenné ?
La Grande Mosquée de Djenné se situe dans la ville historique de Djenné, au centre du Mali, dans la vaste plaine alluviale du Bani, l’un des principaux affluents du Niger. Cette région fertile du Sahel est caractérisée par des sols argileux issus des crues saisonnières, qui ont favorisé depuis des siècles l’utilisation du banco comme matériau de construction.

Djenné sur la carte au temps des Grands Empires. Source : Tombouctou la mystérieuse, via Wikimedia Commons.
La Grande Mosquée de Djenné occupe une position centrale dans la ville, dominant la grande place du marché qui constitue le cœur de la vie urbaine. Cette implantation au centre de la cité n’est pas fortuite : dans de nombreuses villes du Sahel médiéval, la mosquée principale était étroitement liée aux activités politiques, religieuses et commerciales.

Emplacement de la Grande Mosquée. Cartes Wikimedia | Données de carte © Contributeurs d’OpenStreetMap.
La localisation de la Grande Mosquée de Djenné dans la vallée du Bani a également influencé son architecture. Les dépôts d’argile laissés par les crues ont fourni les matériaux nécessaires à la construction en terre qui caractérise l’architecture soudano-sahélienne.

Djenné sur le Bani. Source : Tombouctou la mystérieuse, via Wikimedia Commons.

Port de Djenné. Sur le Bani aux basses eaux à quatre kilomètres de la ville (à l'époque des inondations, l'eau arrive au pied de la ville). Début du 20e Siècle. Auteur : François-Edmond Fortier (1862-1928). Source du fichier : Wikimedia Commons.

La rivière Bani, affluent du Niger, traverse le Mali oriental avant de rejoindre le fleuve Niger près de Mopti. Née de la confluence du Baoulé et du Bagoé venus de Côte d’Ivoire, elle parcourt plusieurs centaines de kilomètres et alimente, dès la région de Djenné, les bras du delta intérieur du Niger qui irriguent les plaines alluviales du Sahel. Crédit à Ferdinand Reus from Arnhem, Holland, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons.
La première Grande Mosquée de Djenné
Selon les traditions historiques et les chroniques sahéliennes, la première mosquée fut édifiée sur l’emplacement même du palais royal.
D’après les sources anciennes, le souverain de la ville, fraîchement converti à la nouvelle religion, décida de faire démolir sa résidence afin de consacrer cet espace au culte. Vers le XIIIᵉ siècle, il ordonna la construction de la première Grande Mosquée de Djenné. Cette initiative marqua un tournant majeur dans l’histoire de la cité, qui devint progressivement un important foyer de culture islamique et de commerce dans la vallée du Niger.
Les chroniques de Tombouctou évoquent également cet événement fondateur. Le Tarikh es-Soudan rapporte que le souverain de Djenné se convertit publiquement à l’islam en présence de nombreux érudits religieux, puis transforma son palais en mosquée :
« Aussitôt converti à l’islamisme, le sultan démolit son palais et le remplaça par un temple destiné au culte du Dieu très-haut ; c’est la grande mosquée actuelle. Il construisit un autre palais pour y installer sa cour, et ce palais avoisine la mosquée du côté est. »
— Tarikh es-Soudan (p. 24)
Qui était le roi Koi Komboro ?
Le roi Koi Komboro — parfois nommé Konboro ou Koumbourou dans les sources — est traditionnellement considéré comme le souverain qui introduisit officiellement l’islam à Djenné. Selon les chroniques historiques, il gouvernait la ville lorsque celle-ci décida d’adopter la religion musulmane.

« Le sultan Konboro adopta le premier l'islam et les habitants de la ville suivirent son exemple.
« Quand Konboro fut décidé à entrer dans le giron de l'islamisme, il donna l'ordre de rassembler tous les ulémas qui étaient alors sur le territoire de la ville ; leur nombre s'éleva à quatre mille deux cents. Il abjura le paganisme en leur présence et leur enjoignit de prier Dieu (...) »
— Tarikh es-Soudan (pp. 23-24)
Les traditions rapportent que le souverain convoqua de nombreux érudits religieux afin d’assister à sa conversion. Les chroniques évoquent même la présence de plusieurs milliers d’oulémas réunis pour l’occasion. Après avoir proclamé publiquement son adhésion à l’islam, le roi aurait ordonné la destruction de son propre palais afin d’y construire la première Grande Mosquée de Djenné.
L’exemple du souverain fut rapidement suivi par les habitants de la ville.
Quelle était l’architecture originale de la mosquée ?
La première Grande Mosquée de Djenné se distinguait par son architecture monumentale en terre crue, caractéristique de l’architecture soudano-sahélienne. Les descriptions laissées par les voyageurs et les historiens indiquent que l’édifice formait un vaste bâtiment carré construit principalement en banco, un mélange d’argile et de fibres végétales largement utilisé dans la région.

Plan de l'ancienne mosquée. Source : Tombouctou la mystérieuse (p. 177), via InternetArchive.
Selon les descriptions anciennes, le monument mesurait environ cinquante-six mètres de côté pour une hauteur d’environ onze mètres. Chaque façade était renforcée par de puissants contreforts et ornée d’éléments décoratifs caractéristiques de l’architecture sahélienne. Les murs étaient couronnés de créneaux triangulaires et de projections verticales qui donnaient à l’édifice une silhouette imposante visible depuis toute la ville.
L’organisation intérieure comportait plusieurs travées couvertes formant le sanctuaire principal. Une galerie périphérique entourait l’édifice et permettait la circulation des fidèles autour de la salle de prière. Au centre du monument s’élevait une tour quadrangulaire servant de minaret, d’où le muezzin appelait les habitants de Djenné à la prière.
Les historiens ont souvent souligné le caractère exceptionnel de cette construction. Édifiée uniquement avec de la terre et du bois, la première Grande Mosquée de Djenné demeura debout pendant plusieurs siècles et fut longtemps considérée comme l’un des monuments les plus impressionnants de la vallée du Niger.
Djenné et l’islamisation de la ville
La construction de la première Grande Mosquée de Djenné s’inscrit dans un processus plus large d’islamisation de la ville et de la région du delta intérieur du Niger. Djenné était déjà, au Moyen Âge, un important centre commercial reliant les routes caravanières du Sahara aux régions forestières de l’Afrique de l’Ouest.
Avec l’adoption de l’islam par ses dirigeants, la ville devint progressivement un centre religieux et intellectuel influent dans le Sahel.
La Grande Mosquée de Djenné devint ainsi le cœur spirituel de la cité. Autour d’elle se développèrent des écoles coraniques et des communautés savantes qui participèrent à la formation de la tradition islamique sahélienne. Cette évolution plaça Djenné parmi les grandes villes musulmanes de la région, aux côtés de centres intellectuels comme Tombouctou ou Gao.
Autour de la mosquée se développèrent des madrassas où l’on enseignait le Coran, le droit islamique et les sciences religieuses. Pendant plusieurs siècles, Djenné attira ainsi de nombreux étudiants venus de différentes régions d’Afrique de l’Ouest, contribuant à faire de la ville l’un des principaux foyers d’apprentissage de l’islam dans la vallée du Niger.
Démolition et reconstruction
Au cours des siècles, l’édifice a connu plusieurs phases de destruction et de reconstruction, liées aux transformations politiques et religieuses de la région. L’une des périodes les plus marquantes de cette histoire se situe au début du XIXᵉ siècle, lorsque la ville de Djenné passa sous l’autorité du chef peul Sékou Amadou, fondateur du califat de Macina.
En 1819, à la suite d’une guerre menée au nom de la réforme religieuse, les troupes peules s’emparèrent de Djenné. Le nouveau pouvoir entreprit alors de réorganiser la vie religieuse de la cité. Dans ce contexte, la première Grande Mosquée de Djenné, attribuée au souverain Koi Komboro, fut démolie et remplacée par un nouvel édifice. Cette décision marque l’un des épisodes les plus controversés de l’histoire du monument, car l’ancienne mosquée avait pendant plusieurs siècles constitué l’un des symboles majeurs de la ville.
Pourquoi la Grande Mosquée de Djenné a-t-elle été détruite ?
La destruction de la première Grande Mosquée de Djenné fut ordonnée vers 1830 par Sékou Amadou. Chef religieux et fondateur du califat peul du Macina, il cherchait à imposer une réforme stricte de l’islam dans les villes qu’il contrôlait.

La mosquée construite par Sékou Amadou à Djenné, vue de l'ouest telle qu'elle apparaissait en 1895. Source : Tombouctou la mystérieuse, via Wikimedia Commons.
Les traditions rapportent que Sékou Amadou avait séjourné à Djenné dans sa jeunesse afin d’y suivre un enseignement religieux. À cette époque, la ville était prospère et cosmopolite, mais ses pratiques religieuses étaient jugées trop permissives par les réformateurs peuls. Selon certains récits, les abords de l’ancienne Grande Mosquée de Djenné étaient devenus un lieu de festivités où l’on organisait des danses, où l’on consommait du dolo — une bière traditionnelle — et où se déroulaient diverses activités considérées comme contraires à la rigueur islamique.
Devenu chef d’un État théocratique, Sékou Amadou entreprit de purifier la ville de ces pratiques qu’il jugeait incompatibles avec la discipline religieuse qu’il souhaitait instaurer. Après avoir pris le contrôle de Djenné, il décida d’interdire l’accès de la cité à certains étrangers et fonda une nouvelle capitale, Hamdallaye, sur la rive droite du Bani. Dans ce contexte de réforme religieuse, il ordonna également la destruction de l’ancienne Grande Mosquée de Djenné, symbole d’un passé qu’il considérait comme trop marqué par des pratiques religieuses relâchées.
Les ruines de l’ancienne Grande Mosquée de Djenné
Après sa destruction, l’ancienne Grande Mosquée de Djenné ne disparut pas totalement du paysage urbain. Pendant plusieurs décennies, les vestiges du monument restèrent visibles sous la forme d’un vaste monticule de ruines entouré par une enceinte murale. L’intérieur de l’édifice — travées, galeries, plafonds et tours — s’était entièrement effondré, mais certaines parties des murs extérieurs résistèrent au temps et aux intempéries.

Carte postale de 1906 d'Edmond Fortier représentant les ruines de l'ancienne mosquée de Djenné. La vue montre l'angle nord-est de la mosquée, avec le mur est ( qibla ) à gauche et le mur nord à droite. Source du fichier : Wikimedia Commons.

La vue montre le mur nord de la mosquée avec le mur est (qibla) à gauche vers 1894. Photographie d'Albert Rousseau. À travers le monde (pp. 214–216) ; Djenné, il y a cent ans (p. 78 no 53). Source du fichier : Wikimedia Commons et InternetArchive.

Carte postale de H. Daniel montrant les ruines de l'ancienne mosquée de Djenné. La vue intérieure représente l'angle nord-est de la mosquée. La carte est datée du 20 octobre 1904. Source : Djenné, il y a cent ans (p. 104 no. 77), via Wikimedia Commons.

Les ruines de l'ancienne mosquée. Félix Dubois, Timbuctoo the mysterious. Source du fichier : The New York Public Library.
Ces vestiges permirent aux voyageurs et aux historiens de reconstituer partiellement l’aspect de la mosquée médiévale. Les murs encore debout révélaient notamment l’emplacement des anciennes fenêtres, des contreforts monumentaux et de la terrasse qui couronnait l’édifice. Les fondations des travées intérieures et des tours-minarets restaient également perceptibles dans les décombres.

La vieille mosquée reconstituée par Félix Dubois dans Tombouctou la mystérieuse (p. 179), via InternetArchive.
L’étude des couches successives de crépissage appliquées sur les murs permit même d’estimer l’ancienneté du monument. Les observations réalisées sur les ruines suggéraient que la construction remontait probablement à plusieurs siècles avant sa destruction, confirmant ainsi les traditions qui attribuaient l’édifice aux débuts de l’islamisation de Djenné.
Les ruines de l’ancienne Grande Mosquée de Djenné restèrent visibles tout au long du XIXᵉ siècle.
La construction de la troisième Grande Mosquée de Djenné
La Grande Mosquée de Djenné actuelle est le résultat d’une reconstruction réalisée au début du XXᵉ siècle, après la disparition de l’ancienne mosquée médiévale. Au tournant du siècle, les autorités coloniales françaises décidèrent de reconstruire un édifice religieux majeur pour la ville, en s’inspirant de l’aspect de la mosquée historique attribuée au souverain Koi Komboro.

Grande Mosquée de Djenné — Mali. Crédit : Djenné.jpg: Devriese œuvre dérivée : JamesA, CC BY 3.0, via Wikimedia Commons.
En 1906, le gouverneur colonial William Ponty accepta la demande formulée par le marabout Almamy Sonfo visant à rebâtir la Grande Mosquée de Djenné sur l’emplacement traditionnel de l’ancien monument. Le projet visait à restituer un édifice conforme aux formes architecturales sahéliennes qui avaient caractérisé la mosquée médiévale.
La construction débuta la même année et s’acheva en 1907. Cette nouvelle Grande Mosquée de Djenné fut rapidement reconnue comme l’un des monuments les plus remarquables du Sahel.

William Merlaud-Ponty, Gouverneur général de l'Afrique Occidentale Française. Source : Cliché Dépêche coloniale (Exposition franco-britannique. Londres, 1908. Les Colonies françaises, p. 257), via Wikimedia Commons.
Qui a construit la nouvelle Grande Mosquée de Djenné ?
La reconstruction de la Grande Mosquée de Djenné fut dirigée par Ismaïla Traoré, chef de la corporation des maçons de la ville. Cette corporation, héritière d’une longue tradition d’architecture en terre, possédait un savoir-faire transmis de génération en génération.

Cette vue montre l'angle nord-est de la Grande Mosquée vers 1911. Félix Dubois, Notre beau Niger (p. 187). Source du fichier : Wikimedia Commons et Gallica / Bibliothèque numérique de la BnF (Bibliothèque nationale de France).
La participation de la population locale fut déterminante dans la réalisation du projet. Les artisans et maçons de Djenné prirent en charge la construction selon les techniques traditionnelles du banco, un mélange d’argile, d’eau et de fibres végétales utilisé depuis des siècles dans l’architecture soudano-sahélienne.
L’administration coloniale française apporta un soutien administratif et financier à l’entreprise, notamment pour l’organisation du chantier et la construction d’une madrassa voisine destinée à l’enseignement religieux.
Cependant, la conception et la réalisation de la Grande Mosquée de Djenné reposèrent essentiellement sur l’expertise des bâtisseurs locaux, ce qui permit de préserver l’identité architecturale traditionnelle de la ville.
L’architecture de la Grande Mosquée actuelle
La Grande Mosquée de Djenné actuelle est considérée comme le plus grand édifice en terre crue au monde. Construite entièrement en banco, elle constitue l’exemple le plus célèbre de l’architecture soudano-sahélienne.
L’édifice se distingue par sa façade monumentale rythmée par de puissants contreforts verticaux et par ses trois grands minarets surmontés d’œufs d’autruche, symboles traditionnels de fertilité et de prospérité dans la culture sahélienne. Les murs sont renforcés par des poutres en bois de palmier appelées toron, qui servent à la fois d’éléments décoratifs et d’échafaudage permanent pour les travaux d’entretien.
La structure de la Grande Mosquée de Djenné repose sur une vaste plate-forme surélevée destinée à protéger l’édifice des crues saisonnières du Bani.

Marabout de Djenné. Crédit à Dr Ondřej Havelka (voyageur), CC BY 4.0, via Wikimedia Commons.

Des femmes transportent des marchandises sur leur tête tandis que des hommes discutent à l'ombre de la mosquée en terre. Crédit à Dr Ondřej Havelka (voyageur), CC BY 4.0, via Wikimedia Commons.
L’intérieur du monument est organisé autour de nombreuses colonnes massives qui soutiennent la toiture et créent une salle de prière vaste et relativement sombre, caractéristique de l’architecture en terre du Sahel.
Grâce à ses formes monumentales et à son style unique, la Grande Mosquée de Djenné est aujourd’hui considérée comme l’un des symboles majeurs du patrimoine architectural de l’Afrique de l’Ouest.
Le crépissage annuel de la mosquée
Chaque année, les habitants participent à une grande cérémonie de crépissage. Ce rituel est indispensable, car les matériaux utilisés pour la construction sont particulièrement sensibles aux effets de la pluie, du soleil et des variations de température. Sans entretien régulier, les murs en terre se fissureraient rapidement sous l’effet de l’érosion climatique.

La façade de cet édifice nécessite des réparations annuelles. Crédit à Ralf Steinberger du nord de l'Italie et de Berlin, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons.
Les jours précédant la fête, les habitants préparent de grandes quantités d’enduit à base d’argile et d’eau. Les jeunes garçons sont souvent chargés de mélanger la pâte d’argile, tandis que les hommes montent sur les façades de la Grande Mosquée de Djenné à l’aide des torons pour appliquer le nouvel enduit sur les murs.
Les femmes et les jeunes filles participent également à la cérémonie en transportant l’eau nécessaire à la préparation du banco. L’ensemble du processus est supervisé par les membres les plus expérimentés de la corporation des maçons de Djenné, tandis que les anciens assistent aux travaux depuis les places d’honneur.
Pourquoi la Grande Mosquée de Djenné est unique
Plusieurs éléments expliquent pourquoi la Grande Mosquée de Djenné est aujourd’hui considérée comme un édifice unique.
Tout d’abord, la fondation du monument présente une particularité rare dans l’histoire des mosquées d’Afrique occidentale. Selon la tradition, le souverain de Djenné, Koi Komboro, converti à l’islam, fit démolir son propre palais pour faire construire la première Grande Mosquée de Djenné au XIIIᵉ siècle. Contrairement à d’autres mosquées de la région, qui furent souvent édifiées à l’emplacement d’anciens sanctuaires liés aux cultes traditionnels.
Construite entièrement en banco — un mélange de terre crue et de fibres végétales — elle est aujourd’hui considérée comme le plus grand édifice en terre du monde. L’édifice forme un vaste carré d’environ soixante-quinze mètres de côté et atteint une hauteur d’environ vingt mètres.

Entrée de la mosquée. Le panneau indique (Entrée interdite aux non-musulmans). Suite à une tentative de tournage d'une publicité avec des femmes légèrement vêtues à l'intérieur par des Italiens, l'accès y est interdit aux non-musulmans. Crédit à upyernoz de Haverford, États-Unis, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons.
Maquette de la Grande mosquée de Djenné au musée National de Bamako (Mali). Crédit à BluesyPete, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons.
Son toit repose sur près de quatre-vingt-dix piliers et comporte plus d’une centaine d’ouvertures d’aération destinées à réguler la température à l’intérieur du bâtiment.

Zoom sur le sommet de la mosquée. Crédit à upyernoz de Haverford, USA, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons.

Le toit de la Grande mosquée et ses évents d'aération. Crédit à Gilles MAIRET, CC BY-SA 3.0.
La façade principale de la Grande Mosquée de Djenné est dominée par trois grands minarets rectangulaires qui s’élèvent au-dessus du mur de prière orienté vers l’est, en direction de La Mecque.

La mosquée est sans doute le plus bel exemple d'architecture islamique de style soudanais. Crédit à upyernoz de Haverford, USA, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons.
Les murs épais en banco assurent une excellente régulation thermique, protégeant l’intérieur de la mosquée de la chaleur intense pendant la journée. La moitié de l’édifice est couverte d’un toit soutenu par des piliers massifs, tandis que l’autre moitié forme une cour de prière à ciel ouvert. Des dômes amovibles placés sur les ouvertures du toit permettent d’aérer l’intérieur lorsque la température devient trop élevée.
L’édifice a été construit selon la méthode dite djenné-ferey, qui consiste à empiler des boules de terre crue encore humide servant à la fois de briques et de liant. Cette technique ancestrale diffère du système toubabou-ferey, introduit plus tard par les Européens, qui utilise des briques de terre séchée assemblées avec du mortier.
Photos de la Grande Mosquée de Djenné
Bibliographie
Félix Dubois, Tombouctou la mystérieuse, Flammarion, 1897.
Pierre Ducoloner, L'ESPLANADE CENTRALE ET LA GRANDE MOSQUÉE dans Djenné d'hier à demain (Sous la direction de Joseph Brunet-Jailly). Editions Donniya, 1999 (pp. 143-153).
Abderrahmane Es Saâdi, Tarikh Es-Soudan ; traduit de l'arabe [et édité] par O. Houdas,... ; avec la collaboration de Edm. Benoist,..

