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L’islam à Djenné : histoire et diffusion

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L’islam à Djenné constitue l’un des fondements majeurs de l’histoire de cette ancienne cité du Mali. Située dans le delta intérieur du Niger, Djenné est l’une des plus anciennes villes musulmanes d’Afrique de l’Ouest. Carrefour fluvial et commercial, la cité a longtemps réuni des populations diverses — Bozo, Peul, Bamanan, Marka, Songhaï et autres groupes du Sahel — dont les échanges ont façonné une culture urbaine originale. Introduite progressivement par les routes du commerce transsaharien, la religion musulmane s’est enracinée dans la ville et sa région.

Les débuts de l’islam à Djenné

L’histoire de l’islam à Djenné s’inscrit dans le cadre plus vaste de l’expansion de l’islam au Soudan occidental. Dès le Xe siècle au moins, les échanges transsahariens favorisent la circulation des marchandises venus du Maghreb et du monde arabo-berbère. Marchands musulmans, lettrés et réseaux commerciaux contribuent à diffuser peu à peu la nouvelle religion dans les grands centres urbains de la vallée du Niger.

islam à Djenné sur la carte.

Carte du Dienneri. Source : Tombouctou la mystérieuse, via Wikimedia Commons.

Djenné occupait une position particulièrement favorable à cette diffusion. Située sur le Bani, affluent du Niger, la ville se trouvait au point de rencontre des routes du nord, venant de Tombouctou ou de Gao, et des routes du sud, reliées aux régions forestières et à l’arrière-pays de San. Dans ce contexte, l’islam à Djenné s’est développé au contact direct des milieux marchands, car la majorité des grands échanges étaient alors contrôlés par des commerçants musulmans, qu’ils soient arabo-berbères ou wangara.

Djenné, ville ancienne des échanges et des conversions

Avant son islamisation, Djenné était associée, selon les traditions orales et les chroniques soudanaises, à des croyances ancestrales et à des cultes anciens. Le Tarikh al-Fattash affirme que la ville avait commencé « dans l’infidélité » avant de rejoindre progressivement l’islam. Le tournant majeur se produisit au XIIIe siècle, lorsque le souverain Koi Komboro se convertit à la nouvelle religion et entraîna avec lui une partie importante de ses sujets.

« Le sultan Konboro adopta le premier l'islam et les habitants de la ville suivirent son exemple.
« Quand Konboro fut décidé à entrer dans le giron de l'islamisme, il donna l'ordre de rassembler tous les ulémas qui étaient alors sur le territoire de la ville ; leur nombre s'éleva à quatre mille deux cents. Il abjura le paganisme en leur présence et leur enjoignit de prier Dieu (...) »
— Tarikh es-Soudan (pp. 23-24)

En tant que métropole commerciale, Djenné était exposée depuis longtemps à l’influence des marchands musulmans installés dans ses quartiers. L’essor de l’islam à Djenné fut donc lié à la fois à la puissance économique des négociants et au prestige social attaché à la nouvelle religion. Se convertir à l’islam pouvait faciliter l’accès aux réseaux de pouvoir et de commerce.

Le rôle des marchands dans la diffusion de l’islam à Djenné

Le développement de l’islam à Djenné fut étroitement lié au rayonnement commercial de la ville. Djenné, grand marché du monde soudanais, attirait des marchands venus de Tombouctou, de Gao, de Koukya, du pays peul, des régions touarègues et des zones aurifères méridionales. Les chroniqueurs anciens décrivent Djenné comme le lieu où se rencontraient le sel de Taghaza et l’or du Bitou.

Les colonies marchandes musulmanes installées dans la ville contribuèrent peu à peu à transformer les pratiques locales. Leur influence ne fut pas seulement religieuse, mais aussi sociale. En fréquentant les souverains et les notables, ces commerçants acquirent un prestige considérable, qui favorisa la diffusion de l’islam dans les couches dirigeantes. Comme ailleurs au Soudan occidental, l’islam à Djenné s’étendit d’abord parmi les élites, avant de toucher plus lentement l’ensemble de la population.

Mosquées, culte et encadrement religieux

L’implantation durable de l’islam à Djenné entraîna la fondation de lieux de culte. Dès le XIVe siècle, des sources signalent l’existence d’une mosquée monumentale dans la ville. La construction de ces édifices traduisait l’enracinement de la religion musulmane dans l’espace urbain et permettait d’encadrer plus étroitement les fidèles.

islam à Djenné - La première mosquée.

La vieille mosquée reconstituée par Félix Dubois dans Tombouctou la mystérieuse (p. 179), via InternetArchive.

La grande mosquée de Djenné devint le principal centre de la vie religieuse locale. Sa fréquentation constituait un signe visible d’adhésion à l’islam, tandis que les maîtres coraniques et les lettrés qui y enseignaient guidaient les croyants dans l’apprentissage des obligations fondamentales : profession de foi, prière, ablutions, récitation de la fatiha et mémorisation des sourates.

Pourquoi des étudiants du monde islamique sont-ils allés à Djenné ?

À partir du XIVe siècle, Djenné fut considérée comme l’un des grands foyers de culture islamique du Soudan occidental. Les chroniques soulignent l’arrivée dans la ville de docteurs, d’hommes pieux et de savants venus d’horizons variés. Malgré son éloignement des grands centres intellectuels du Maghreb et de l’Égypte, la ville attira d’abord des maîtres étrangers, avant de produire elle-même ses propres érudits.

islam à Djenné, ici l'école coranique.

Djenné : la Médersa. Source : Félix Dubois, Notre beau Niger... (p. 215), via Gallica / Bibliothèque numérique de la BnF (Bibliothèque nationale de France).

Les savants de Djenné jouissaient d’une réputation comparable à celle des savants de Tombouctou. Les deux villes entretenaient des relations étroites et apparaissaient comme deux pôles complémentaires de la culture islamique ouest-africaine. Dans ce contexte, l’islam à Djenné ne se réduisait pas à la pratique du culte : il s’accompagnait d’un véritable enseignement supérieur touchant le droit, la grammaire, la poésie, l’exégèse coranique, la théologie, la rhétorique et même l’astrologie.

L’école coranique et l’enseignement supérieur

L’école coranique occupait une place essentielle dans la diffusion de l’islam à Djenné. Elle avait pour but d’initier les enfants à la mémorisation du Coran, à la récitation des versets et à l’apprentissage des obligations religieuses. L’enseignement s’effectuait sous une discipline rigoureuse et s’accompagnait souvent d’une formation morale fondée sur l’humilité, l’obéissance et l’austérité.

L'école de l' islam à Djenné.

Étude coranique à Djenné. Crédit à PGskot, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

Au-delà de cette instruction élémentaire, Djenné abritait également un enseignement islamique supérieur. Réservé à ceux qui souhaitaient devenir maîtres, juristes ou membres du clergé musulman, cet enseignement portait sur l’exégèse du Coran, les hadiths, le fiqh, la théologie, la philosophie, la philologie et la rhétorique. Certains professeurs donnaient leurs cours à la mosquée pendant de très longues heures, signe du haut niveau intellectuel atteint par la cité. C’est cette densité du savoir qui fit de l’islam à Djenné un puissant relais de diffusion religieuse vers d’autres régions de l’Afrique de l’Ouest.

Le rayonnement de Djenné dans l’islamisation régionale

Les lettrés, marabouts et commerçants djennéens contribuèrent au rayonnement de l’islam à Djenné bien au-delà de la seule ville. Plusieurs auteurs estiment que des érudits formés à Djenné jouèrent un rôle dans l’islamisation du Macina, des pays du Bani, des régions mossi et même des pays haoussa.

Une chronique du XVIᵉ siècle souligne ainsi l’importance exceptionnelle de la ville :

« Dienné est un des grands marchés du monde musulman. »
— Tarikh es-Soudan (p. 22)

Cette influence tient au double profil de Djenné : centre commercial majeur et pôle intellectuel actif. Les réseaux marchands et les réseaux savants se renforçaient mutuellement. Les commerçants portaient avec eux la langue arabe et les modèles sociaux musulmans, tandis que les marabouts formaient de nouveaux fidèles et de futurs relais de la foi.

Réforme religieuse et rigorisme sous Sékou Amadou

Après la chute de l’empire songhaï, l’islam à Djenné connut une période de relâchement relative. Les chroniqueurs et observateurs décrivent une pratique souvent mêlée de croyances locales et de coutumes jugées peu orthodoxes. Plusieurs mosquées particulières avaient vu le jour dans les différents quartiers de la ville, reflétant les rivalités entre marabouts et groupes religieux.

islam à Djenné en 1895.

La mosquée construite par Sékou Amadou à Djenné, vue de l'ouest telle qu'elle apparaissait en 1895. Source : Tombouctou la mystérieuse, via Wikimedia Commons.

Au XIXe siècle, la conquête de Djenné par Sékou Amadou Boubou Barry, fondateur de la Dina du Macina, marque une tentative de réforme profonde. Soucieux de restaurer une pratique plus rigoureuse de l’islam, il fit détruire certaines mosquées particulières, réorganisa le culte, renforça le contrôle religieux et multiplia les écoles. Cette réforme visait à recentrer l’islam à Djenné sur des bases plus strictes, en luttant contre les divisions, les pratiques jugées déviantes et les formes de relâchement moral.

Les saints de Djenné et le syncrétisme religieux

L’une des particularités les plus marquantes de l’islam à Djenné réside dans le culte des saints. Selon la tradition orale, la ville compterait 313 saints, dont les tombeaux sont vénérés par la population. Ces figures pieuses, respectées pour leur savoir, leur sagesse ou leur sainteté, occupent une place importante dans la religiosité locale.

Le culte rendu à ces saints passe par des prières, des offrandes, des vœux et des processions, notamment en période de sécheresse ou de crise. Cette pratique révèle la persistance de formes de piété populaire où l’islam savant se combine avec des gestes et des croyances plus anciennes. En cela, l’islam à Djenné se caractérise par un syncrétisme durable, où la religion musulmane a intégré des éléments locaux sans cesser d’être au cœur de l’identité urbaine.

Une ville profondément marquée par l’islam

Aujourd’hui encore, l’islam à Djenné demeure l’un des traits essentiels de l’identité des Djennenké. La ville est depuis longtemps reconnue comme une cité musulmane de premier plan, marquée par la présence de ses mosquées, de ses écoles coraniques et de ses lettrés. Si cette histoire a connu des phases de réforme, de relâchement et de recomposition, elle révèle surtout la profondeur de l’ancrage islamique dans la ville.

Bibliographie

Diama Cissouma Togola et Soufian Al Karjousli, Capter les richesses du patrimoine mondial dans une ville sainte de l’islam : la problématique de la mise en tourisme à Djenné au Mali dans Via TOURISM REVIEW — 4-5 | 2014 : Patrimoine mondial tourisme et développement durable en Afrique.

Félix Dubois, Tombouctou la mystérieuse, Flammarion, 1897.

Abderrahmane Es Saâdi, Tarikh Es-Soudan ; traduit de l'arabe [et édité] par O. Houdas,... ; avec la collaboration de Edm. Benoist,..

Djenné d'hier à demain (Sous la direction de Joseph Brunet-Jailly). Editions Donniya, 1999.

  • Drissa Diakité, L'ISLAM À DJENNÉ (pp. 45-59).
  • Pierre Ducoloner, L'ESPLANADE CENTRALE ET LA GRANDE MOSQUÉE (pp. 143-153).

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